Fernand Léger « Les Hommes dans la Ville » au Musée Peggy Guggenheim à Venise

Fernand Léger, Les Hommes dans la Ville, au musée Peggy Guggenheim à Venise
Les Hommes dans la Ville
Huile sur Toile (145,7 x 113,5 cm) 1919 Musée Peggy Guggenheim

« Nul n'a mieux su voir que Léger la place éminente de la couleur dans le monde d'aujourd'hui.

Nos plus calmes paysages se hérissent de constructions métalliques et de panneaux publicitaires, les murs de nos cités sont balafrés d'affiches, nos rues d'enseignes criardes.

L'homme actuel est plongé dans une bataille sauvage de couleurs.

Fêtes foraines, théâtres, cinémas, magasins, vitrines, coupent et recoupent leurs spasmodiques lueurs.

Fernand Léger, Les Hommes dans la Ville, au musée Peggy Guggenheim à Venise
Les Hommes dans la Ville
Autant de contrastes violents qui refluent dans la peinture de Léger et y détermineraient une insupportable cacophonie, s'il ne les pliait à sa volonté et à son style.

Cette couleur, il ne la mélange jamais, il l'emploie pure et en larges aplats, il la dissocie même de la forme, la rendant ainsi à sa destinée propre.

Dès lors libérée, elle peut trouer la toile ou se précipiter vers notre œil, heurtant notre sensibilité avec une force prodigieuse.

Et c'est ainsi que, par accords et oppositions, mouvements d'avance et de recul de tons, Léger a créé un nouvel espace.

Fernand Léger, Les Hommes dans la Ville, au musée Peggy Guggenheim à Venise
Les Hommes dans la Ville
Ce nouvel espace qui est sans doute la principale contribution de Léger à la peinture moderne, n'est pas suggéré seulement par des couleurs contrastées, mais aussi par des formes contrastées.

Tout d'ailleurs est contraste dans son art.

Contraste de motifs : des fleurs et des éléments mécaniques, un personnage et un trousseau de clefs.

Contraste de lignes : une échelle et une roue, un disque et un damier.

Contraste de rythmes : un tronc d'arbre et une danseuse, un madrier et une hélice en rotation.

Fernand Léger, Les Hommes dans la Ville, au musée Peggy Guggenheim à Venise
Les Hommes dans la Ville
Les objets les plus hétéroclites peuvent se trouver réunis sur le même tableau, aussi bien que les formes les plus statiques avec les plus dynamiques.

Parfois l'architecture disparaissant, la toile offre des objets dispersés dont nul lien de nature, de logique, de vision, ne justifie la présence.

Si disparates pourtant, si rudes que soient les contrastes, Léger parvient à tout concilier grâce à une distribution exacte des couleurs, des rythmes, des pleins et des vides, grâce encore aux lignes qu'il faufile à travers la composition et dont il ourle les bords.

La formule d'un critique littéraire peut aussi s'appliquer à Léger : Composer l'ordre avec l'anarchie. »
Frank Elgar

Fernand Léger, Les Hommes dans la Ville, au musée Peggy Guggenheim à Venise
Fernand Léger, Les Hommes dans la Ville
« Je me souviens d'avoir vu Fernand Léger à Venise à l'occasion d'une Biennale.

Tous les peintres qui passaient là, de Kokoschka à Raoul Dufy, croquaient une ou deux gondoles à la sauce aquarelle ou bien, d'une table du Florian ou d'une fenêtre du Quadri peignaient les cascades de lumière qui rebondissent sur la place Saint-Marc depuis les coupoles de la basilique et la façade éclatante du palais des Doges.

Fernand Léger, lui, passait, se promenait, et quand on lui demandait ses impressions, il répondait : c'est très beau, mais avez-vous vu Mestre ?

Fernand Léger, Les Hommes dans la Ville, au musée Peggy Guggenheim à Venise
Fernand Léger, Les Hommes dans la Ville
Mestre, c'est l'inverse de Venise.

C'est la ville industrielle où les torches des raffineries de pétrole brûlent haut dans le ciel, où les sphères des dépôts brillent dans le soleil, où l'on voit des cargos rouges et noirs glisser entre les fermes, car la campagne est aussi un port.

C'était ce spectacle-là que Fernand Léger préférait.

Je me demandais alors s'il n'y avait pas quelque affectation dans un tel choix. Mais non : Fernand Léger aimait vraiment ce qui était de son temps. »
Pierre Descargues


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