Palazzo Bragadin Carabba à Venise : La Maison de Casanova à Venise

Le palais Bragadin Carabba sur le rio de San Lio, dans le sestier du Castello à Venise
Le palais Bragadin Carabba

La Maison de Giacomo Casanova à Venise pendant 9 ans

L'intérêt du palazzo Bragadin Carabba de Santa Marina, dans le sestier du Castello à Venise, en plus de la beauté de sa façade sur le rio de San Lio, face à l'emplacement de l'ancienne maison de Marco Polo, aujourd'hui théâtre Malibran, est aussi d'avoir été la “maison” de Giacomo Casanova à Venise pendant 9 ans.

Le propriétaire de ce palais, Matteo Giovanni Bragadin, avait été secouru par Casanova alors qu'il était victime d'une attaque d'apoplexie et, persuadé qu'il lui devait la vie, le considéra à partir de ce moment là comme son propre fils.

Casanova, malin, profita de la gentillesse mais aussi de la crédulité du patricien et sénateur, Matteo Bragadin, pour se faire entretenir et habiter dans ce palais d'avril 1746 à mars 1755.

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Dans ce palais Bragadin, le jeune Giacomo Casanova prédisait, à l'aide de la Cabale, l'avenir de Matteo Bragadin et de ses deux amis, tout aussi crédules que lui, Marco Dandolo et Marco Barbaro.

Le balcon du Palazzo Bragadin Carabba à Venise sur la façade sur le rio de San Lio, dans le sestier du Castello
Le balcon du Palazzo Bragadin
L'amour paternel du Sénateur Bragadin ne faiblit jamais et, avant de mourir, le 26 octobre 1767, il fit don par testament à Giacomo Casanova de l'importante somme de 1 000 scudi (écus), alors que notre aventurier était encore réfugié à l'étranger après sa fameuse fuite des “plombs”.

Scandale Amoureux impliquant l'Ambassadeur de France

Ce palazzo fut aussi au centre d'une affaire amoureuse dans laquelle fut impliqué l'ambassadeur de France, le Comte de Froulay, parisien d'origine, nommé à Venise en novembre 1733, et qui était devenu amoureux fou d'une jolie religieuse du couvent de San Lorenzo, Maria Da Riva, d'origine noble.

Le fait que la jolie Maria fut religieuse, ne gênait ni la jeune femme, ni de Froulay qui l'emmenait dans de nombreuses fêtes nocturnes à Venise.

C'est ainsi qu'il l'emmena au Palazzo Bragadin, à l'occasion de la fête donnée par Daniele Bragadin (frère de Matteo) en 1735, à l'occasion de sa nomination en tant que “Procuratore” de la République de Venise.

Le balcon du Palazzo Bragadin Carabba à Venise sur le rio de San Lio
Le balcon du Palazzo Bragadin
Maria Da Riva vint masquée en homme, vêtue d'un tabarro et le visage caché par une bauta, mais les espions de la République de Venise, bien informés, furent au courant de cette nouvelle escapade, qui s'ajoutait à tant d'autres.

Cette goutte ayant fait déborder le vase, on interdit le parloir du couvent de San Lorenzo à l'ambassadeur, et Maria fut enfermée dans une cellule secrète du couvent.

Le pauvre ambassadeur, véritablement amoureux et fou de douleur, en perdit la raison. A tel point qu'on le vit en plein été, vêtu d'un manteau de fourrure, en train de tourner en rond sous la pluie sur la Place Saint-Marc.

Entre autres comportements étranges, on le surprit à donner la chasse aux fourmis du potager des moines de l'île de San Giorgio di Maggiore !

Maria Da Riva fut ensuite transférée dans un couvent à Ferrare, où un nouvel amoureux, le colonel Moroni, l'enleva et s'enfuit avec elle à Bologne, où ils se marièrent.

Ils furent rattrapés et jetés en prison, et n'obtinrent la liberté que grâce à l'intervention directe du Pape Benoit XIV qui les fit libérer pour qu'ils puissent s'enfuir en Suisse, à l'abri des poursuites.

L'un des deux lions assis du balcon du Palazzo Bragadin Carabba à Venise, sur la façade sur le rio de San Lio
Lion assis du balcon du Palazzo

Les Premières Boucles d'oreille à Venise

Mais encore bien avant les frasques de Maria la jolie religieuse, et toutes celles que l'on peut imaginer de la part de Giacomo Casanova, c'est aussi dans ce palais que furent portées pour la première fois à Venise... des boucles d'oreilles !

C'est en effet ici, dans ce palais Bragadin, que furent présentées officiellement les boucles d'oreilles féminines.

C'est le 6 décembre 1525, à l'occasion de la fête donnée pour le mariage de la petite fille de Francesco Bragadin avec Lorenzo Da Mula que l'on présenta ces nouveaux ornements inédits, devant les Vénitiennes.

C'est la fille de Filippo Sanudo, épouse de Giovanni Foscarini, qui donna le ton en décidant elle-même de porter lesdites boucles d'oreilles : la mode en était lancée à Venise !

Un trait d'union entre le style Gothique et la Renaissance

A part l'amour et les bijoux, le Palazzo Bragadin est également très intéressant au point de vue architectural.

On peut en effet admirer sur la façade donnant sur le rio de San Lio (l'entrée terrestre du palais est du côté du Campo Santa Marina au numéro 6050 du ramo Bragadin) un magnifique balcon qui présente de nombreux éléments de transition entre les deux styles.

L'une des têtes du balcon du Palais Bragadin Carabba à Venise
L'une des têtes du balcon du Palais
Les modillons (définition des modillons sur Wikipedia) sont en effet déjà de type classique.

La réforme architecturale est également annoncée par les très jolies petites têtes d'amour qui ornent le balcon, des têtes particulièrement bien sculptées.

De la même manière, la réforme est annoncée par les trois têtes d'hommes qui ornent la cimaise à cordon du balcon.

Le palais Bragadin fut en effet construit dans la seconde moitié du XVe siècle, puis restauré et modifié au XVIe siècle par l'architecte d'origine véronaise, Michele Sanmicheli.

Heureusement pour nous, la façade sur le rio de San Lio fut épargnée par cette restructuration qui ne toucha que la partie donnant du côté du Campo de Santa Marina.

La façade sur le rio est incurvée, une chose habituelle pour de nombreux palais à Venise dont la façade suit la courbe du rio, ou du canal le long duquel ils ont été édifiés.

Le blason de la famille Bragadin, représenté par une croix, en pierre d'Istrie et daté du XVe siècle, sur la façade du Palais Bragadin Carabba, dans le sestier du Castello à Venise
Le blason de la famille Bragadin
En plus de ce très beau balcon, supporté par quatre consoles à têtes de lion, on peut y admirer de belles fenêtres bigéminées en ogive et trilobées.

Entre ces fenêtres se trouve le blason de la famille Bragadin, représenté par une croix, en pierre d'Istrie et du XVe siècle.

De la Famille Bragadin à celle de Carabba puis Papadopoli

Après la mort, en 1767, du sénateur et protecteur de Casanova, Matteo Giovanni Bragadin, dernier descendant de la famille Bragadin, le palais fut vendu en 1807, après de nombreuses vicissitudes, à Servadio Carabba.

La famille Carabba était d'origine algérienne et, après une première installation en Calabre, s'installa ensuite définitivement à Venise.

Le palais Bragadin, devenu Carabba, fut ensuite vendu en 1875, à la famille Papadopoli, qui entrepris à son tour d'importants travaux de restructuration et aussi de rénovation, le rez-de-chaussée ayant entre temps été utilisé comme dépôt de fûts de bière.



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