Le Palais des Doges à Venise


Sculpture du Jugement du Roi Salomon, Palais des Doges à Venise
Jugement Roi Salomon

Le Palais de Justice

La Justice était représentée dans l'intégralité de ses fonctions au Palais Ducal puisque non seulement y siégeaient la Quarantia CivilE (Les Quarante), Haute Cour d'Appel de la République, mais que l'on trouvait également, au sein même du palais, les prisons !

Mais avec l'accroissement du pouvoir de la République de Venise au cours des siècles et l'augmentation corrélative du besoin d'espace pour des institutions aux membres de plus en plus nombreux, on décida de déménager les prisons de l'autre côté du Rio di Palazzo dès le début des années 1500.

Après de nombreux travaux et changements d'architectes, les prisons furent définitivement déplacées aux environs de 1567, date à laquelle une seconde tranche de construction de prisons fut entreprise de l'autre côté du rio et achevée en 1602 avec la construction du sinistre Pont des Soupirs, qui reliait directement la salle du Tribunal aux prisons.

Salle de la Quarantia Civile Vecchia du Palais des Doges à Venise
Salle de la Quarantia Civile Vecchia
« Son palais des mille et une nuits se termine par une prison d'état.

Le sénat habitait entre deux tortures : il avait sous ses pieds les cachots souterrains, les plombs sur sa tête. »
Edgar Quinet - Allemagne et Italie

Le Palais de Justice dominait la Piazzetta à l'Ouest et c'est en 1422 que la décision d'agrandir le palais pour y intégrer le Palais de Justice a été prise.

En 1438 la nouvelle aile du Palais de Justice est achevée.

Salle des Quatre Portes du Palais des Doges à Venise
Salle des Quatre Portes
La façade est occupée par les très belles loggias de la galerie haute.

Cette galerie et ses colonnes quadruples avec leurs magnifiques chapiteaux sculptés avec des feuillages, s'étend sur tout le premier étage.

On sait par ailleurs qu'en 1494, des audiences semi-publiques du tribunal se tenaient sous les arcades du Palais Ducal.

Un témoin français, Bergeret de Grancourt, raconte une audience au Palais Ducal en 1773 :

« Je me suis beaucoup amusé dans une grande salle d'audience à entendre plaider […]

Cour du  Palais des Doges à Venise
Cour Palais des Doges
Les juges paraissent placés comme les nôtres, avec des perruques delà plus grande ampleur ; l'avocat plaidant n'est pas fixé à une seule place, il est devant, comme les juges, allant et venant et criant et gesticulant à faire rire ; la façon de plaider parait toute différente de la nôtre.

Tous les juges sont munis d'un factum et il y a derrière l'avocat un clerc appartenant à l'avocat qui lit le factum d'une rapidité étonnante, et sans s'arrêter que rarement ; pendant ce temps, l'avocat tenant un pareil factum, va et vient vis à vis ses juges répétant, criant et appuyant et pesant sur les articles qui valent In peine de réveiller l'attention.

L'avocat a une perruque encore plus ample que celle des juges.

Un étranger ne peut s'empêcher d'y rire ; nous n'avons pu voir la fin de l'audience, nous espérons pouvoir reprendre ce plaisir. »
Bergeret de Grancourt - Journal Inédit 1773

La Salle du Scrutin du Palais des Doges de Venise
La Salle du Scrutin
Un autre témoin, Delpuech de Comeiras nous fait part de façon tout à fait savoureuse de son étonnement devant la manière de plaider à Venise par rapport à ce qu'il connaissait à cette époque en France, on regrette franchement de n'avoir pu assister à la scène :

« Les grandes salles de ce palais offrent à l'étranger qui les visite, un coup d'oeil plus singulier encore.

Les nobles Vénitiens et les avocats y fourmillent.

Figurez-vous une foule d'hommes enveloppés de longues robes noires et couverts d'amples perruques qui descendent presque jusques aux hanches.

Salle du Collège, le Tintoret, le Doge Andrea Gritti est présenté à la Vierge par Saint-Marc, Palais des Doges de Venise
Salle du Collège
Ils se pressent, ils se croisent, ils se coudoient.

Les uns s'entretiennent avec leurs clients, les autres se rendent aux différents tribunaux pour parler ou pour écouter.

Mais c'est devant ces tribunaux, que la scène devient bien plus étrange, et la manière de plaider du commun des avocats est vraiment une des curiosités de Venise.

Entourés d'auditeurs rangés en demi-cercle, les deux antagonistes s'avancent dans le costume qui vient d'être décrit.

Salle du Sénat du Palais des Doges de Venise
Salle du Sénat
Le récit du fait se débite d'abord fort lentement, tranquillement, avec clarté et précision.

Mais dès que la discussion commence, le calme de l'orateur se change soudainement en fureur : il fend l'air en tout sens, avec ses larges manches noires ; il frappe du pied, il secoue son énorme tête ; son visage s'enflamme, on voit gonfler les veines de son front; tout son corps est agité de mouvements convulsifs : il ne peut plus tenir en place.

Il se promène alors à grands pas, s'adressant avec l'accent d'une persuasion impérieuse, tantôt à ses juges, tantôt au public, tantôt à son adversaire qui l'écoute fort tranquillement et n'attend que le moment où l'orateur va reprendre haleine pour lui répondre sur le même ton.

Salle des Quatre Portes du Palais des Doges à Venise
Salle des Quatre Portes
S'agit-il de traiter le point décisif ?

Souvent les deux avocats se précipitent ensemble sur les marches du tribunal, embrassent les genoux de leur juge et le tiraillent par sa robe, aux risques de la mettre en pièces.

J'eus occasion de voir un de ces couples d'athlètes, d'un nouveau genre, escalader ainsi le tribunal et arriver jusqu'au siège du juge, qui, sans rien perdre de sa tranquillité, finit par se lever lui-même et prononça que les parties étaient ajournées au lendemain.

Salle du Conseil des Dix du Palais des Doges à Venise
Salle du Conseil des Dix
Si tous les avocats vénitiens ne plaident pas de cette manière, c'est du moins celle du plus grand nombre d'entre eux.

Les plus célèbres même ne sont pas tout à fait exempts de cette extravagance de débit, dont ils ont plus ou moins contracté l'habitude.

Cependant, j'ai entendu avec plaisir quelques-uns de ces derniers chez lesquels j'ai admiré l'ordre, la clarté dans l'exposition de la cause et la véritable chaleur.

La vivacité particulière aux vénitiens, jointe à la souplesse et aux grâces de la langue, augmentent encore ce plaisir et captivent souvent l'attention pendant plusieurs heures.

L'auditoire a coutume de témoigner aux orateurs son approbation par des applaudissements, et son mécontentement par des murmures. »
Delpuech de Comeiras - 1803


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