Le Tintoret et Philippe II d'Espagne

Tintoret La Présentation de la Vierge au Temple
Tintoret La Présentation de la Vierge au Temple

Le Tintoret, invité par le Roi Philippe II d'Espagne


« Quelque temps après, l'ambassadeur d'Espagne ayant appris les refus de maître Robusti, ne se hasarda point à répéter les mêmes propositions que l'envoyé de Maximilien.

Il suivit une marche plus habile, en s'adressant au conseil des Dix, pour lui demander son intervention.

Le conseil, qui avait alors le désir d'être agréable au roi Philippe II, promit de tenter une démarche.

Il y eut une vive émotion dans la maison du Tintoret, lorsqu'on vit arriver un fante, c'est-à-dire un agent du terrible tribunal, portant une assignation à comparaître devant le chef de semaine.

Jacques Robusti, toutes affaires cessantes, courut au Palais ducal.

L'excellentissime seigneur Capo l'appela mon fils, et lui conseilla froidement de partir pour Madrid, où l'attendaient un accueil flatteur et une faveur telle, que cette situation le mettrait en état de rendre à la république de bons offices, puisqu'il aurait, par ses talents et par les grâces de sa fille, l'amitié de la reine et l'oreille du roi.

Tintoret La Présentation de la Vierge au Temple
Tintoret La Présentation de la Vierge au Temple
Maître Robusti se jeta aux pieds du seigneur chef, et le supplia de ne point l'enlever à sa patrie, à ses travaux.

Le très excellent seigneur demeura immobile, comme s'il eût été de marbre, et répéta, dans les mêmes termes, que son cher fils ferait bien de partir.

- Eh bien ! s'écria le Tintoret, en se relevant, puisque le conseil des Dix, gardien de nos lois et protecteur du droit de cittadinance, veut exiler un de ses enfants, je sortirai des États de la république, mais je m'arrêterai au premier village.

Chaque jour, je viendrai sur la frontière tendre mes bras vers l'ingrate Venise, et les passants vous diront qu'ils ont vu le Tintoret assis au bord du chemin, plus triste et plus malheureux que Bélisaire.

Apparemment la sévérité du seigneur Capo n'était qu'un masque d'emprunt, car il s'adoucit tout à coup : une espèce de larme glissa entre ses paupières, et le son de sa voix s'altéra lorsqu'il répondit :

- Embrasse-moi, mon fils. Tu es citoyen de Venise, et libre d'y rester. On n'exile point un artiste amoureux comme toi de la patrie dont il fait l'orgueil.

Nous offrirons un cadeau d'étoffes d'Orient et de pierres précieuses à l'envoyé d'Espagne, et, aussitôt après, il trouvera de lui-même que l'envie du roi son maître est fort diminuée. »
Paul de Musset - Voyage pittoresque en Italie 1855

Page Précédente : Invité par Maximilien d'Autriche
Page Suivante : Son Atelier, la Ca' Tintoretto


Jacopo Robusti Le Tintoret - Wikipédia


Retour en haut de la page