Jacopo Robusti dit Le Tintoret : Le Colorito Vénitien

Tintoret Présentation de la Vierge au Temple
Tintoret Présentation de la Vierge au Temple
Avec le Miracle de l'Esclave, Le Tintoret avait réussi à réaliser la devise de sa jeunesse : le dessin de Michel Ange et le coloris du Titien, auxquels il ajoutait le mouvement.

La façon de travailler du Tintoret n'est plus celle d'un artiste imitant le modèle idéal qu'il découvre en lui-même, pour nous représenter une beauté stylisée, stable et intemporelle.

C'était celle des peintres italiens de la renaissance, où le dessin était primordial en tant que moyen de tracer la ligne ou le trait, ou le contour.

L'idée de l'artiste se développait et se présentait d'abord par le tracé du dessin : on fixait les formes, puis on organisait l'ensemble. La couleur venait ensuite.

Pour eux la peinture était, comme le disait
Vasari, « Un plan recouvert d'aplats de couleurs, disposés sur la surface d'un panneau de bois, d'un mur ou d'une toile autour de traits qui, par la grâce d'un bon dessin de lignes courbes entourent la figure. »

Tintoret - Trois pommes - Frise à la Scuola San Rocco à Venise
Tintoret - Trois pommes - Frise à la Scuola San Rocco
Le dessin était le principe, ou le fondement de l'architecture, de la sculpture et de la peinture.

Les peintres vénitiens étaient d'abord et avant tout des coloristes, pour qui les contours dans la nature étaient perceptibles comme couleurs, comme tonalités.

Le trait est une invention, une abstraction qui n'existe pas dans la nature ; en tant que tel, il n'est pas essentiel pour bien imiter cette nature pleine de nuances.

Ces nuances, souvent fugitives, ne pouvant être rendues que par des couleurs préparées, travaillées, mélangées et appliquées selon le rythme et la pression du pinceau au bout d'une main experte, leur donnant ainsi ce caractère propre au colorito (coloris) vénitien. Le “tour de main” plutôt que le dessin !

Tintoret Ecce Homo - Détail
Tintoret Ecce Homo - Détail
La main du Tintoret dessine et peint en un seul geste, parce qu'il peint son tableau en même temps qu'il le conçoit : esquisse et tableau n'étant plus qu'une seule et même œuvre.

Telle est sa prestezza di fare, sa vitesse de réalisation si étonnante, et si révolutionnaire dans ses résultats.

C'est ce qu'il dira plus tard aux membres de la Scuola di San Rocco qui lui reprocheront de leur fournir une œuvre terminée au lieu de l'esquisse demandée !

Dans son élan créatif, il utilise librement tous les moyens offerts par le dessin et la couleur : des raccourcis perspectifs vertigineux traduisant des mouvements exagérés, une lumière qui n'est pas celle que nous voyons habituellement, des couleurs étonnantes, un espace différent du nôtre.

Car Le Tintoret ne savait pas seulement improviser, il avait aussi le génie des inventions pleines d'originalité dans le relief et dans l'accord des teintes.

Il n'a pas hésité à pousser les limites de la technique et du style, quitte à défier les valeurs de fini et de soin d'une œuvre picturale considérée comme achevée !

Page Précédente : Le Far Presto de Tintoret
Page Suivante : le Tintoretto : un créateur libre


Jacopo Robusti Le Tintoret - Wikipédia


Retour en haut de la page