Les Mille et une Nuits de la Basilique Saint-Marc


Un Songe des Mille et une Nuits

La Pala d'oro, le rétable d'or de la basilique Saint-Marc à Venise
La Pala d'oro rétable d'or
« Cette merveille Grecque, romaine et gothique, ce songe des Mille et une Nuits, ce poème plein de vie et de couleur qui chante plutôt la gloire de l'art que la gloire de Dieu.

Dieu, dans sa simplicité de bon père de famille, n'aime pas toutes ces éblouissantes richesses.

La basilique Saint-Marc est une mosquée autant qu'une église.

Jamais on n'a confondu si harmonieusement les styles divers du génie architectural, la suprême élégance des Grecs et le luxe éclatant des Byzantins.

Mosaïque de l'atrium de la basilique Saint-Marc à Venise datant du XIIIe siècle
Mosaïque de l'atrium
Déjà tout émerveillés du portail et des dômes qu'illuminait un gai soleil de septembre, des fameux chevaux de Corinthe, du groupe de porphyre, du lion mutilé, nous entrâmes avec un soudain éblouissement : ces mosaïques a fonds d'or, courant sur toutes les voûtes et traduisant l'histoire sainte depuis Adam jusqu'aux évangélistes ; ces pavés de jaspe et de porphyre; ces colonnes innombrables de marbre, de bronze, d'albâtre, de vert antique et de serpentine… »
Arsène Houssaye - Voyage à Venise 1850

Elle jette de la poudre aux yeux

Mosaïque de l'atrium de la basilique Saint-Marc à Venise datant du XIIIe siècle
Mosaïque de l'atrium
« De là nous nous rendons à Saint-Marc. C'est de toutes celles que nous avons vues jusqu'à présent, l'église la plus riche et la plus éclatante. Style flamboyant, luxe oriental dans toute sa splendeur.

Elle jette de la poudre aux yeux, elle éblouit.

Toutes les couleurs se sont données rendez-vous. Toutes les formes de l'art rivalisent d'élégance. »
Lagenardière - 33 jours en Italie 1899

Le rouge et l'or luttent contre l'ombre

La nef de la basilique Saint-Marc à Venise datant du XIIIe siècle
La nef de la Basilique Saint-Marc
« Deux couleurs, les plus puissantes : le rouge et l'or, luttent contre l'ombre, se diffusent, brassent dans l'air des chatoiements fauves et pourpres, illuminent les ténèbres de reflets inimaginables, noient dans leur splendeur amortie le marbre rouge veiné du pavé, des colonnes, des murs lambrissés de mosaïques, les milliers de facettes d'or qui scintillent sous les voûtes, les portes de bronze, les ciboriums, les chaires et les jubés en dentelle de marbre, le baldaquin du tombeau de Saint-Marc, le fourmillement des figurines barbares incrustées dans les colonnes, l'entassement dans le luxe oriental de la décoration raffinée des âges mystiques. »
Pol Anatole Matthieu 1901

Impuissants à embrasser cette beauté qui nous enveloppe de toute part

Mosaïque de Noé construisant l'arche et y faisant monter les animaux, XIIe siècle, atrium de la Basilique Saint-Marc de Venise
Noé construisant l'arche
« Nous entrons, et dès le porche, le mystère du lieu nous saisit.

Est-ce la sensation d'un passé très lointain, vaguement entrevu ?

Est-ce le regard de ces êtres qui nous fixent de toutes les voûtes, ni statue, ni pointures, comme perdus dans un monde qui n'est pas le nôtre ?

Ou bien l'or des mosaïques, richesse insaisissable ?

Est-ce ce choeur mystérieux gardé dans l'ombre par une cohorte d'anges ?

Ange de la Basilique Saint-Marc à Venise, par Nicolo Lamberti au XVe siècle
Ange de Saint-Marc
Est-ce ce rayon de soleil qui vient d'un seul jet plonger dans le sanctuaire, et qui, s'ébattant sur le sol, en trahit les inégalités, les fêlures et affirme la ruine fatale de toute beauté humaine ?

Peut-être, la première impression qui prend en notre esprit une forme définie, est-elle celle de notre insuffisance.

Nous nous sentons impuissants à embrasser cette beauté qui nous enveloppe de toute part : nous cherchons à nous grandir, à nous hausser, et, honteux de parler, de trahir d'un seul mot notre petitesse, nous allons nous asseoir, recueillis et cachés, dans l'ombre.

Cependant des voix s'élèvent dans une chapelle.

Sculptures de l'arc central de la Basilique Saint-Marc par Pietro Lamberti au XVe siècle
Sculptures de l'arc central
Une procession s'organise. En grande pompe elle escorte quelque relique.

Les cierges s'engouffrent sous le jubé, les vieux prêtres montent péniblement les marches qui donnent accès dans le choeur, et tout rentre dans le silence.

Sous la chaire, un gondolier est à genoux ; son écharpe bleue traîne sur le sol, il prie avec ferveur.

Et notre regard va de ces glorieux monuments du passé religieux à cette piété moderne qui se trouve ici chez elle : nous nous demandons par quel étrange lien deux âges si différents peuvent se trouver ainsi réunis, sans contraste trop violent, sans opposition trop marquée. »
Édouard Maury - Aux Portes de l'Orient 1896


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