1507 : Naissance de l'idée d'un Pont du Rialto en pierre

Face à ces dégradations incessantes et inéluctables, l'idée de bâtir un nouveau pont du Rialto en pierre commence à faire son chemin dans les esprits des dirigeants de la ville de Venise en octobre 1507.

Le pont du Rialto sur le Grand Canal vu depuis le Campanile dei Santi Apostoli à Venise
Le pont du Rialto sur le Grand Canal
Cette idée d'un pont du Rialto en pierre revient en force en janvier 1513 après le grave incendie qui avait ravagé une partie du quartier du Rialto.

Mais cette idée n'est pas retenue, et on pare de nouveau au plus pressé en rafistolant le pont de bois existant.

Le 25 juin 1524, compte tenu de l'état déplorable du pont, on déconseille au Doge Andrea Gritti de passer sous le pont du Rialto avec le Bucentaure et le conseil est bon !

En effet, deux mois plus tard, le 25 août 1524, toute la rampe du pont située du côté du Rialto s'écroule !

Mais malgré cela, la décision de reconstruire un pont du Rialto en pierre est de nouveau repoussée et l'on se contente encore une fois de réparer le pont de bois.

1525 - On décide enfin la construction d'un pont du Rialto en pierre

Sculpture sur le Palazzo dei Camerlenghi à Venise, Lorsque les ongles me pousseront entre les cuisses.
Les ongles me pousseront entre les cuisses
Après délibérations du Sénat on décide enfin de construire un nouveau pont du Rialto en pierre et trois experts, trois “provéditeurs”, des nobles membres du Sénat, sont nommés pour étudier la question.

Plusieurs maquettes et projets sont demandés et Michel-Ange lui-même, de passage à Venise à l'automne 1529, propose son propre projet de pont pour le Rialto.

Mais les avis sont tellement divergents sur la forme et la structure du futur pont du Rialto que la décision de restaurer de nouveau le pont de bois, qui menace encore d'écroulement, est prise à la place de la décision de bâtir un nouveau pont en pierre.

Sculpture sur le Palazzo dei Camerlenghi à Venise, que l'on  me brûle l'entrejambe
Que l'on me brûle l'entrejambe
En janvier 1551, vingt cinq ans plus tard, le Sénat désigne un nouveau groupe de trois experts qui demandent à des architectes de leur soumettre des projets de construction en pierre du pont du Rialto.

Parmi ceux qui soumissionnent on trouve les noms de Giacomo Barozzi Vignole, d'Andrea Palladio, de Vincenzo Scamozzi (qui soumissionne en 1583) ou encore de Jacopo Sansovino.

On manque d'argent, les Vénitiens n'y croient plus !

Sculpture sur le Palazzo dei Camerlenghi à Venise, que l'on  me brûle l'entrejambe
Qu'on me brûle l'entrejambe
Et le projet traîne encore, freiné cette fois ci par de nombreux éléments extérieurs dont la reprise de la guerre avec les Turcs.

Les Vénitiens n'y croient plus.

En 1575 et 1577 ce sont les épidémies de peste noire qui ralentissent à leur tour le projet.

En 1574 ainsi qu'en 1577, les incendies du Palais Doges concentrent également les finances de l'État vénitien sur la reconstruction de la résidence Ducale plutôt que celle du Pont du Rialto.

Imaginez pendant ce temps les réactions du peuple de Venise, à la parole facile et souvent moqueuse.

Sculpture sur le Palazzo dei Camerlenghi à Venise, Lorsque les ongles me pousseront entre les cuisses
Sculpture Palazzo Camerlenghi
Les réflexions vont donc bon train et plus personne ne croit qu'un jour on verra enfin s'élever un pont du Rialto en pierre.

C'est ainsi que s'expliquerait la présence de deux bas-reliefs, particulièrement intrigants et situés sur le Palazzo dei Camerlenghi, juste à côté du Pont du Rialto.

Dans une auberge du Rialto, un couple aurait lancé un pari aux Camerlenghi, les financiers de la République de Venise qui s'y trouvaient alors avec eux.

Étant donné que l'une des raisons principales du report répété de la construction du pont en pierre était liée aux finances de la Sérénissime, l'homme aurait dit aux Camerlenghi que lorsque le Trésor de Venise pousserait comme les ongles, peut être que ce jour là le pont du Rialto serait bâti en pierre.

Sculpture sur le Palazzo dei Camerlenghi à Venise, que l'on  me brûle l'entrejambe
Que l'on me brûle l'entrejambe
Pour être plus précis son défi était un peu plus au niveau du bas-ventre, puisqu'il indiquait en manière de moquerie :

« lorsque des ongles me pousseront entre les cuisses… »

Sa femme ajouta :
« que l'on me brûle l'entrejambe si un jour un pont du Rialto en pierre est construit ! »

Voici ci-dessous les paroles du pari fait par le couple selon Giuseppe Tassini :

Sculpture sur le Palazzo dei Camerlenghi à Venise, Lorsque les ongles me pousseront entre les cuisses
Les ongles me pousseront entre les cuisses
L'homme :
« Voglio che, se ciò si farà, mi nasca un' unghia fra le coscie! »

La Femme :
« Voglio che le fiamme m'abbrucino la natura! »

Giuseppe Tassini - Curiosità Veneziane - Filippi Editore Venezia

Vous comprendrez que “la natura” correspond à une partie bien précise du corps de la femme.

Une fois le pont construit, les sculpteurs auraient donc reproduit l'histoire du double pari sur la façade du palais dei Camerlenghi, juste à droite et au bas du pont.

Sculpture sur le Palazzo dei Camerlenghi à Venise, que l'on  me brûle l'entrejambe
La “Natura” en flammes !
On y voit un homme assis, les jambes écartées, avec une troisième jambe qui lui a poussé entre les cuisses, cette troisième jambe est très “connotée” si l'on peut s'exprimer ainsi, puisqu'elle est surmontée d'une “toison” fort suggestive.

Quand à la femme, on la voit avec un rictus sur les lèvres, visiblement en train de souffrir horriblement pendant qu'un feu lui dévore le bas ventre, tout comme dans son pari.

C'est ainsi que ce fameux pari concernant l'édification d'un pont du Rialto en pierre a été immortalisé et s'offre encore à votre regard au pied du pont aux touristes qui visitent Venise plus de quatre siècles plus tard.

Le premier pont est en bois | Une ou trois arches ?


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