Le Pont du Rialto à Venise : Montesquieu sait surtout compter !

« Il y a sur ces îles 500 ponts, presque tous de pierre.

Sur le pont du Rialto, qui n'a qu'une arche, il y a 48 boutiques et 3 rues. »
Montesquieu Charles-Louis de Secondat - Voyages 1728

Sous ce beau ciel et dans cette belle ville

Le pont du Rialto et le Palazzo dei Camerlenghi sur le Grand Canal de Venise
Pont du Rialto et Palazzo Camerlenghi
« J'admirai beaucoup le pont du Rialto qui est d'une seule arche de quatre-vingt-neuf pieds de longueur, et je me souviens qu'en passant dessus, je vis un pauvre homme, bien vieux, raclant sur un mauvais violon, et faisant chanter un petit garçon de cinq ou six ans qui sanglotait.

Peut-être ce pauvre enfant mourait-il de faim ; aussi je m'empressai de lui donner une petite somme ; car sous ce beau ciel et dans cette belle ville, je voulais que tout le monde chantât gaiement. »
Louise-Élisabeth Vigée Le Brun - Souvenirs 1835

Le Pont du Rialto fait arquer les sourcils

« Quand un étranger arrive dans cette ville, il trouve partout où il va des beautés nouvelles : Le luxe des palais le surprend et l'enchante, une cité sur l'eau trouble tous ses sens ; Le pont du Rialto lui fait arquer les sourcils, il ne voit que des merveilles, en faisant le tour du Canal. »
Zorzi Baffo (1694-1768) - Œuvres érotiques

Une sorte de bazar pour les oisifs et les étrangers

« Le pont du Rialto fut bâti en 1591, par l'architecte Antoine da Ponte, sous le dogat de Pascal Cicogna.

Son arc est de 83 pieds, la longueur transversale de 66. Il est entièrement de marbre.

C'est le seul qui soit sur le grand canal, et qui réunisse les deux principaux groupes d'îles qui forment Venise.

Son arche unique supporte deux rangs de boutiques qui divisent la largeur du pont en trois rues parallèles, dont la plus large et la plus brillante est celle du milieu.

C'est une sorte de bazar pour les oisifs et les étrangers.

On y trouve particulièrement des orfèvres qui vendent ces petites chaînes de Venise nommées jaseron, dont la solidité semble incompatible avec la finesse extrême, et qui, de l'or le plus pur, ont toujours été un des produits renommés de l'industrie vénitienne.

Gondole sur le Grand Canal de Venise, devant le pont du Rialto
Gondole sur le Grand Canal de Venise, devant le pont du Rialto
Ce pont était originairement bâti en bois (1264) c'est encore ainsi qu'il est peint sur le tableau de Carpaccio à l'Académie des Beaux-Arts ( 1488) ; mais plusieurs fois détruit par des incendies, il fut enfin construit tel qu'on le voit, en moins de deux ans, et coûta, selon Sansovino, 250000 sequins.

Tous les tailleurs de pierre de la ville furent employés à sa construction. Sansovino rapporte que 12000 pieux d'ormes, longs chacun de dix pieds, servirent à jeter les premières fondations.

La hardiesse de son arc prouve jusqu'à quel point les règles de la statique étaient connues des anciens artistes vénitiens.

L'ensemble de ce pont est hardi et majestueux. Ses sculptures de détail sont médiocres.

On raconte, relativement à l'incrédulité de quelques gens sur la réussite de sa construction, une anecdote qui malheureusement n'est point littéraire, et ne se peut rapporter.

Il y est parlé d'un proverbe peu séant, qui ressemble assez à cette locution triviale de la France : Quand les poules auront des dents !

Lequel proverbe fut appliqué à l'impossibilité présumée de la réussite, dans une œuvre aussi hardie pour le temps.

Le pont fini, le défi proverbial fut sculpté dans un coin du monument, par les ouvriers vainqueurs de l'incrédulité. Cherchez lecteur ! Passez lectrice ! »
Jules Lecomte - Oeuvres 1840

Les Gondoles y fourmillent


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