Le Palais Pisani à Santo Stefano

La façade du Palazzo Pisani donnant sur le Campo Pisani à Venise
La façade du Palazzo Pisani Campo Pisani

La mort de Léopold Robert, artiste peintre, au Palais Pisani


« Une terrasse formant jardin suspendu rit dans un angle de ce beau campo San Stefano, et, dans un enfoncement, en retour du palais Morosini, s'élève le gigantesque palais Pisani.

C'est un monument du XVIIe siècle, massif, d'un faux goût, mais formant là une décoration superbe qui semble évoquer les acteurs d'un drame par celle belle nuit.

Une des façades du Palais Pisani sur le rio del Santissimo à Venise
Une des façades du Palais Pisani Rio del Santissimo
Les cours et les portes sont closes, plus de gardes, plus de serviteurs ; les hautes fenêtres, où pas une lampe ne rayonne, attestent la solitude derrière leurs vitres sans rideaux.

Ce palais qui fêta Napoléon Ier n'a plus pour hôtes que quelques artistes venant faire des études à Venise.

M. Mulazzani me désigne l'aile du palais occupée par les ateliers des peintres.

Là, me dit-il, dans une chambre du second étage, on trouva un matin Léopold Robert baigné dans son sang, il s'était coupé la gorge avec un rasoir.

— Voila le drame trouvé, m'écriai-je, pour cet angle de place monumental, qui compose un décor si imposant ; drame simple et navrant d'un amour qui ennoblit et qui tue.

Peu de personnages : une princesse jouant avec la bonté et la protection qui enflamment, un pauvre artiste que la passion désespère.

Son frère, tentant de le sauvegarder par l'amitié, oubliant qu'elle parait inerte et froide aux coeurs dévorés par l'amour ; des indifférents débitant des maximes morales ; un viveur cosmopolite végétant dans les mollesses mystérieuses de Venise, prêchant à l'idéologue les consolations de la matière et hâtant par le dégoût son suicide altier.

Sculpture de chapiteau du Palazzo Pisani à Venise
Sculpture de chapiteau du Palazzo Pisani
Le cadavre enfermé sanglant dans la bière repoussée de l'église, traversant la nuit le cloître San Stefano et emporté de canal en canal sur une gondole jusqu'au campo santo de l'îlot Saint-Michel [Note e-Venise.com : il s'agit de l'île cimetière de San Michele].

— Où il repose réellement, me dit le baron, dans la partie réservée aux protestants.

Mais laissons ce drame d'un mort, ajoutât-il ; qu'est la fin d'un homme, quelque intéressant ou grand qu'il soit, près de l'agonie collective d'une ville qui meurt comme Venise ?

Puisque vous l'aimez, cette mélancolique cité qui se décompose, recueillez dans votre coeur de poète ses suprêmes pulsations et ses derniers vestiges de beauté. »
Louise Colet - L'Italie des italiens 1862

Une visite du Palais Par Louise Colet en 1862

Sculpture d'une fenêtre serlienne du palais Pisani à Venise
Sculpture d'une fenêtre serlienne
« En sortant de l'église San Stefano, je regarde attentivement le portail, couvert de sculptures.

Je tourne sur le Campo ; je le traverse sans m'y arrêter et me dirige à gauche, dans la corte du palais Pisani.

Je sonne à la porte du palais : un portier souriant vient m'ouvrir ; je lui demande de me montrer l'appartement où est mort Léopold Robert.

Il me répond qu'il n'a jamais entendu parler de ce monsieur.

Cette réponse me rappelle qu'un jour, à Paris, voulant visiter la chambre de l'hôtel des Vieux Augustins, qu'avait habitée Charlotte Corday, dans la rue de ce nom, le portier auquel je m'adressai me répliqua : “Madame, nous n'avons pas cette femme là chez nous.”

Les Italiens du peuple, il faut leur rendre cette justice, se souviennent mieux que les Français de leurs hommes illustres ; ils chantent les vers des poètes et retiennent au moins le nom des généraux et des princes qui ont défendu ou gouverné leur pays.

Ils se plaisent à donner à tous des surnoms qui les qualifient; ils aiment cette familiarité avec la gloire. »
Louise Colet - L'Italie des italiens 1862

[Suite de la visite du Palais avec Louise Colet à la page suivante]

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