Michel-Ange, la Sainte-Famille, la Vierge et Léonard de Vinci


Michel-Ange et Léonard de Vinci : la rivalité créatrice de chefs-d’œuvre

Michel-Ange Buonarroti, Sainte-Famille Tondo Doni, 1507, Galerie Offices Uffizi, Florence Italie
Michel-Ange - Sainte-Famille
Au XVe siècle, les marchands florentins avaient l’habitude de commander des tableaux évoquant la vie de famille : c’était l’âge d’or des Madones et des Vierges à l’Enfant, mais la Vierge avait fini par ressembler à une riche patricienne.

Le prédicateur Savonarole avait sévèrement critiqué cet amalgame des images sacrées avec celles de femmes réelles richement vêtues, tout en accusant les peintres d’introduire la vanité dans les églises.

Dès la fin du XVe, certains peintres avaient déjà abandonné la splendeur et le luxe au profit de l’expression de l’état d’âme des personnages.

Léonard de Vinci et la Vierge Marie

Michel-Ange Buonarroti, Sainte-Famille Tondo Doni, 1507, Galerie Offices Uffizi, Florence Italie
Michel-Ange - Sainte-Famille
C’était le cas de Léonard de Vinci, dont « La Vierge aux Rochers » et « La Vierge à l’Enfant avec Sainte-Anne » révélaient le drame intérieur de Marie : par instinct maternel, Marie essaie d’éloigner Jésus du symbole de la Passion, tandis qu’un représentant de la volonté divine l’en empêche et l’oblige de ce fait à accepter le sacrifice annoncé.

En 1501, pendant que Michel-Ange sculptait son célèbre David, Léonard de Vinci présentait au public un carton sur lequel il avait réalisé une magnifique esquisse de sa future « Vierge à l’Enfant avec Sainte-Anne », ainsi décrite par un moine de l’époque :

« Elle représente l’Enfant Jésus, âgé d’un an environ, qui semble quitter les bras de sa mère pour prendre un agneau et le serrer contre lui.

La mère, que l’on aurait dite assise sur les genoux de sainte Anne, essaie de séparer l’enfant de l’agneau, animal sacrificiel symbole de la Passion.

Sainte-Anne se lève à son tour comme pour retenir sa fille et l’empêcher de séparer l’enfant de l’agneau : une image qui pourrait être celle de l’Église qui ne veut pas que l’on empêche la Passion du Christ de se produire. »

Michel-Ange Buonarroti, Sainte-Famille, l'Enfant Jésus du Tondo Doni, 1507, Galerie Offices Uffizi, Florence Italie
Michel-Ange - l'Enfant Jésus
Léonard de Vinci avait abandonné la douceur mélancolique des Vierges de son époque : son dessin exprimait tout le mystère d’un état d’âme complexe, la mouvance et le mélange des sentiments de Celle qui vit le conflit entre le naturel et le religieux.

Les Florentins faisaient la queue pour admirer cette esquisse (malheureusement perdue) où la vision naturaliste du célèbre Léonard éclairait les personnalités religieuses sous un jour entièrement nouveau.

En 1504, ils étaient éblouis par l’extraordinaire beauté du David de Michel-Ange, qui s’apprêtait à peindre son Tondo Doni.

Le Tondo Doni sera une réponse humaniste à la vision naturaliste et psychologique des données religieuses de Léonard de Vinci.

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