Offices Florence Botticelli : Annonciation de Cestello

Détrempe sur bois (1489-1490) 150 x 156 cm

Les Photos

Sandro Botticelli, Annonciation de Cestello, 1489, Galerie Offices Uffizi, Florence Italie
Annonciation de Cestello
Émouvante et puissante dans sa grande simplicité, cette « Annonciation de Cestello » tranche avec les tableaux antérieurs de Botticelli comme « Le Printemps » ou la « Naissance de Vénus ».

Ici, pas de richesses superflues, de raffinements ostentatoires, Botticelli a choisi de célébrer l’instant précis de l’Annonciation, celui où l’émotion et la surprise de Marie sont absolues, dans un endroit dépouillé, neutre, pour mieux mettre en valeur le « moment » de la rencontre entre la Vierge et le messager de Dieu.

Elle est debout, en train de lire Isaïe (7,14) dans la Bible ouverte sur son lutrin, Isaïe qui prophétise qu’une jeune fille enfantera un fils.

Sandro Botticelli, Annonciation de Cestello, 1489, Galerie Offices Uffizi, Florence Italie
Annonciation de Cestello
C’est à ce moment précis que l’Ange Gabriel atterrit comme une flèche dans sa chambre.

Les ailes de Gabriel sont encore frémissantes, les surplis de son habit encore gonflés d’air, la branche de lys qu’il tient, encore courbée par la vitesse de son vol.

Il n’a même pas fini de s’agenouiller devant elle : le temps est « suspendu », c’est l’instant sacré de l’Annonciation.

Cette apparition surnaturelle et fulgurante surprend Marie dans la tranquillité de sa lecture, d’où son mouvement de recul bien naturel.

Sandro Botticelli, Annonciation de Cestello, 1489, Galerie Offices Uffizi, Florence Italie
Annonciation de Cestello
Elle reçoit les paroles de l’Ange Gabriel qui tend une main vers elle, avec deux doigts dressés, le symbole de Dieu dont il est l’envoyé, des paroles qui se veulent rassurantes, mais qui pour Marie sont troublantes, bouleversantes et même incompréhensibles :
« Ave Maria, comblée de grâce ! Le Seigneur est avec toi. Sois sans crainte Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Et voici que tu concevras et enfanteras un fils, et que tu l’appelleras du nom de Jésus. Et le Seigneur lui donnera le trône de David. »

Sandro Botticelli, Annonciation de Cestello, 1489, Galerie Offices Uffizi, Florence Italie
Annonciation de Cestello
Marie s’interroge.

Que signifie être pleine de grâce ? Que signifie le Seigneur est avec moi ? Pourquoi est-ce moi l’Élue pour mettre au monde le Fils de Dieu ? Comment puis-je mettre un enfant au monde moi qui n’ai jamais connu d’homme ? Que dois-je faire ? Qu’attend de moi le Seigneur ?

On perçoit en elle un tremblement, on voit son trouble, ses mains sont à la fois tendues vers celles de l’Ange, mais on les sent en même temps prêtes à la défense, prêtes à le repousser.

Marie, la plus douce des créatures de Dieu, est visiblement inquiète, troublée, mais elle n’est pas effrayée.

Sandro Botticelli, Annonciation de Cestello, 1489, Galerie Offices Uffizi, Florence Italie
Annonciation de Cestello
Son mouvement de recul est contenu en cet instant précis choisi par Botticelli, elle « sent », elle « comprend », et se reprend aussitôt en se tournant vers l’ange tout en s’inclinant, les jambes légèrement fléchies et le buste en rotation vers Gabriel qui est à ses pieds.

Et la courbure de son corps est en parfaite harmonie avec celle du lys blanc que tient Gabriel : tous deux suivent parallèlement la même courbe.

Elle est ici en plein mouvement, de même que l’Ange Gabriel n’est pas encore complètement agenouillé : Botticelli a effectué un véritable « arrêt sur image » sur cet instant solennel.

Et Gabriel répond à ses questions (Inscription peinte à gauche dans le bas du cadre) :

Sandro Botticelli, Annonciation de Cestello, 1489, Galerie Offices Uffizi, Florence Italie
Annonciation de Cestello
« SPIRITUS SANCTUS SUPERVENIET INTE ET VIRTUS ALTISSIMI OBUMBRABIT TIBI »
 »Le Saint Esprit viendra sur toi, et la puissance du Très Haut te couvrira de son ombre. »

Tandis que le corps et les mains de la jeune fille expriment encore son bouleversement, mais aussi le début de son soulagement, sa tête se penche humblement vers l’Ange Gabriel ; et le visage grave, digne et apaisé de Marie exprime son entière humilité, son dévouement sans réserve.

Elle est l’Élue, et dans cet instant crucial, c’est d’elle, de son attitude, de sa propre volonté, de son propre désir, de son « Amen » à la demande de l’Ange, à la demande de Dieu, que dépend l’arrivée de Jésus sur terre pour racheter les péchés de toute l’Humanité.

Sandro Botticelli, Annonciation de Cestello, 1489, Galerie Offices Uffizi, Florence Italie
La Vierge Marie
Car elle ne peut pas être une simple élue réduite à devenir le récipient, le giron qui accueillera le Christ et qui l’aidera à devenir chair, elle doit être plus que cela pour que l’Esprit puisse devenir chair à travers elle.

Gabriel ne lui ordonne pas, c’est Marie qui, de par sa propre volonté, devient la « doùle », la servante du Seigneur, qui fait vœu d'obéissance à la parole divine et accepte de boire son calice comme le fera son Fils.

Marie est la clef : son obéissance n’est pas soumission, elle possède le pouvoir de par sa volonté de servir Dieu, car c’est elle qui choisit de concevoir celui qui l’a choisie.

L’inscription de droite dans le bas du cadre prend alors toute son importance :
Sandro Botticelli, Annonciation de Cestello, 1489, Galerie Offices Uffizi, Florence Italie
Annonciation de Cestello
« ECCE ANCILLA DOMINI, FIAT MIHI SECUNDUM VERBUM TUUM »
« Je suis la servante du Seigneur, qu’il m’advienne selon ta parole. »

Tout ceci est puissamment représenté dans cette magnifique Annonciation de Botticelli.

On assiste véritablement à leur rencontre, à l’échange des paroles par leurs lèvres entrouvertes, à la prise de décision cruciale de Marie.

Sandro Botticelli, Annonciation de Cestello, 1489, Galerie Offices Uffizi, Florence Italie
L'Ange Gabriel
Botticelli a réussi à traduire ici les vers de Dante dans sa « Divine Comédie » :
« L’Ange […] était là devant nous
et paraissait vivant bien qu'il fut gravé.
On aurait juré qu’il disait « Ave »,
près de lui était celle qui tourna la clef
pour ouvrir au suprême amour,
disant humblement d'une voix attendrie :
« Ecce ancilla Dei » (voici la servante de Dieu).
Dante – Divine Comédie, Purgatoire, Chant X, V37-45

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