“L'Adoration des Mages” de Botticelli, Laurent le Magnifique et Giuliano de Médicis

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La Dynastie Médicis dans l’Adoration des Mages

La dynastie des Médicis et leur cour sont nettement au cœur de cette “Adoration des Mages” de Botticelli.

Botticelli, Adoration des Mages, 1475-1477, Galerie Offices Uffizi, Florence Italie
Botticelli Adoration des Mages 1475
Non seulement les trois rois mages ne sont autres que Cosme l’Ancien et ses deux fils, mais Laurent le Magnifique et son frère Giuliano sont également présents dans ce tableau.

Sur ce point, les avis des experts divergent, mais, le tableau étant peint du vivant de Laurent le Magnifique et de son frère Giuliano assassiné peu après dans la conjuration des Pazzi.

En effet, il serait surprenant que Botticelli, réalisant cette commande dont le commanditaire Gaspard di Zanobi del Lama avait pour objectif de mettre les Médicis en valeur, n’eusse pas représenté les Médicis vivants qui étaient au pouvoir à cette époque.

En sus des trois rois Mages, deux autres personnages émergent nettement de la foule des admirateurs. Leur allure noble, leur attitude, leurs vêtements tranchent nettement avec les autres.

Lorenzo le Magnifique

Botticelli, Adoration des Mages, 1475-1477, Galerie Offices Uffizi, Florence Italie
Botticelli Adoration des Mages 1475
Lorenzo, Laurent le Magnifique serait donc le personnage représenté tout à gauche, couvert d’un pourpoint pourpre, richement brodé d’or, chausses et bottes de cavalier, dans une attitude de fierté semblable au chevalier de Donatello, la poitrine gonflée et serrant son épée entre les mains.

Il est d’ailleurs le seul dans le tableau à tenir une épée, symbole d’appartenance à la noblesse, mais également de pouvoir. La présence de deux chevaux à côté de lui renforce encore son importance : c’est lui qui tient les rênes des chevaux des rois mages.

Vu l’époque du tableau et la volonté de représenter et glorifier la dynastie des Médicis, il ne peut y avoir d’équivoque sur le fait qu’il s’agit bien de Laurent le Magnifique, le maître de Florence.

Giuliano de Médicis

Botticelli, Adoration des Mages, 1475-1477, Galerie Offices Uffizi, Florence Italie
Botticelli Adoration des Mages 1475
Ceux qui réfutent le fait que Laurent le Magnifique et son frère Giuliano soient ici représentés arguent du fait que leurs traits ne sont pas assez conformes aux autres portraits qu’on leur connaît.

Mais cet argument ne tient qu’en partie. Tout d’abord, les deux frères se ressemblent fortement dans cette adoration, l’air de famille est évident.

Certes, Laurent est plus beau que dans les autres portraits le représentant, mais, lorsque l’on est un jeune peintre désirant attirer l’attention et les commandes de l’homme au pouvoir à Florence, n’est-il pas judicieux de l’embellir ? Botticelli n’est pas le seul à avoir “amélioré” un protecteur !

Botticelli, Adoration des Mages, 1475-1477, Galerie Offices Uffizi, Florence Italie
Botticelli Adoration des Mages 1475
Face à Laurent le Magnifique, dans la partie droite du tableau et à côté de Giovanni de Médicis, se dresse un autre personnage, parfaitement isolé par rapport aux autres : Giuliano de Médicis, le frère de Laurent, assassiné le 26 avril 1478 par la famille Pazzi.

Et force est de constater que ses traits sont très proches de ceux du portrait du même Julien de Médicis, réalisé en 1478 par Botticelli : même port de tête et coupe de cheveux, mêmes lèvres, nez, menton et mâchoire.

Son positionnement dans le tableau, son air noble, son attitude, ses vêtements ne laissent aucun doute sur son importance.

Botticelli, Giuliano de Médicis dans l'Adoration des Mages, 1475-1477, Galerie Offices Uffizi, Florence Italie
Giuliano de Médicis
On a beaucoup écrit sur son air triste, les yeux baissés. Ici encore l’explication existe : Giuliano était amoureux de Simonetta Vespucci, la muse de Botticelli dont on retrouve les traits dans “Le Printemps” ou encore dans la “Naissance de Vénus”.

Une femme à la beauté sans pareille, d’où son surnom de “San par”.

Au moment où Botticelli peint ce tableau, Simonetta vient de mourir de la tuberculose (le 26 avril 1476), laissant Giuliano inconsolable ; il mourra assassiné deux ans plus tard, jour pour jour après la mort de sa bien-aimée.

Botticelli, qui le connaissait, ne pouvait le représenter autrement que triste dans ce moment de deuil, c’est le seul personnage triste et comme “absent” de tout le tableau.

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