Le Lion Runique du Pirée à l'Arsenal de Venise

Le lion qui se trouvait à l'entrée du port du Pirée à Athènes et qui fut ramené par Francesco Morosini à Venise pour être installé devant l'entrée de l'Arsenal de Venise
Lion Runique du Pirée
Théophile Gautier les admira également :

« Les deux colosses en marbre pentélique sont dénués de cette vérité zoologique que Barye leur eût donnée sans doute.

Mais ils ont quelque chose de si fier, de si grandiose, de si divin, si ce mot peut s'appliquer à des animaux, qu'ils produisent une impression profonde.

Leur blancheur dorée se détache admirablement sur la façade rouge de l'Arsenal, composée d'un portique peuplé de statues de mérite pourtant, que ce terrible voisinage fait ressembler à des poupées, et de deux tourelles de briques rouges crénelées et ourlées de pierres, comme les maisons de la place Royale de Paris.

Le lion couché de la Voie Sacrée Lepsina qui reliait Athènes à Éleusis devant l'entrée de l'Arsenal de Venise
Lion de la Voie Sacrée Lepsina
Trophées d'une défaite, mais gardant toujours leur mine hautaine et superbe, ces lions ont l'air de se souvenir, dans la ville de Saint-Marc, de la Minerve attique.

Et le grand Goethe les a célébrés par une épigramme que nous traduisons ici, en demandant pardon de substituer nos vers chétifs aux rythmes olympiens du Jupiter de Weimar :

Deux grands lions rapportés de l'Attique,
Font sentinelle aux murs de l'Arsenal,
Paisiblement, et près du couple antique,
Tout est petit, porte, tour et canal.

Ils semblent faits pour le char de Cybèle,
Tant ils sont fiers, et la mère des dieux
Voudrait au joug ployer leur cou rebelle,
Si pour la terre elle quittait les cieux.

Tête du lion couché de la Voie Sacrée Lepsina qui reliait Athènes à Éleusis devant l'entrée de l'Arsenal de Venise
Le lion de la Voie Sacrée Lepsina
Mais maintenant ils gardent la poterne,
Tristes, sans gloire, et l'on entend ici
Miauler partout le chat ailé moderne,
Que pour patron Venise s'est choisi !”
Théophile Gautier - Italia (1855)

Francesco Morosini ne fut pas non plus épargné par certains :

« Ce qui surprend encore, ce sont les deux lions gigantesques qui gardent l'entrée de l'arsenal, et que nous avons examinés en finissant.

Chefs-d'œuvre de la statuaire antique enlevés l'un à Athènes, l'autre à Corinthe, par le doge Morosini, le vainqueur des Turcs, mais le dévastateur inintelligent du Parthénon.

Ces deux marbres, chose tout à fait étrange et inexplicable portent des caractères de l'alphabet des anciens Scandinaves qui n'avait que seize lettres, et qu'on retrouve encore en Suède.

Les croupes des lions de l'Arsenal de Venise
Croupes des lions de l'Arsenal
Ces empreintes runiques sont-elles descendues du Nord, ou sont-elles remontées du Midi ?

C'est à cette dernière supposition qu'on s'arrête, et tout porte à croire que ces barres horizontales et verticales dérivent du phénicien, et qu'elles auront été apportées dans la Baltique par quelques marins de Tyr ou de Sidon, regardés comme les premiers navigateurs de l'antiquité. »
Noémie Dondel du Faouëdic - Souvenirs (1875)

Tandis que Michelet en rugissait de plaisir :

« C'est un bien autre animal, que le colossal lion qui se tient à la porte de l'Arsenal. Immobile et colérique, il a l'air de rugir Salamine...
Ce n'est pas un lion noble et humain, comme celui de Thorwaldsen ; c'est un lion-dieu, le genius terrible des guerres médiques, dans lesquelles l'Europe semble prête à dévorer l'Asie. »
Jules Michelet - Sur les chemins de l'Europe (1893)

« Une grille simple en ferme l'entrée (l'Arsenal), et devant cette grille quatre lions dont trois antiques et un moderne.

Le lion couché de la Voie Sacrée Lepsina qui reliait Athènes à Éleusis devant l'entrée de l'Arsenal de Venise
Le lion de la Voie Sacrée Lepsina
Parmi les premiers, un surtout a fixé nos regards. Il est d'un effet étonnant. Assis, l'œil fixe, la tète haute, il est regardé comme le plus beau morceau dans le genre.

Sur le dos, sont quelques caractères qui ont exercé la sagacité des savants.

On le croit de cinq à six cents ans avant Jésus-Christ, d'un siècle avant Phidias ; on le présume d'après l'ordre des caractères tracés de droite à gauche, manière de l'époque.

De sorte qu'il est possible, disent les savants, que ce soit un monument de la victoire de Marathon, l'an 490.

Pausanias nous apprend que les Thébains érigeaient un lion à la mémoire des guerriers morts pour la patrie. Et ce lion est à Venise où il était venu de Constantinople. »
Jean-Baptiste Trumet de Fontarce - Impressions de voyage Italie (1897)

Enfin, Töpffer en a parlé avec beaucoup de passion :

« Nous admirons, aux deux côtés de la porte, deux lions c'olossaux, qui furent transportés d'Athènes à Venise en 1687 par François Morosini.

Les deux lions de Délos avec le lion de la voie Lepsina devant le campo de l'Arsenal de Venise
Lions de Délos et de Lepsina
Ces lions, qui, avant d'orner le seuil de cet arsenal, ont, durant deux mille ans, chargé de leur poids les môles du Pirée, sont frustes assurément, mais d'une telle vigueur de style, qu'aujourd'hui encore, comme au jour où ils sortirent de l'atelier du sculpteur, ils ont leur caractère tout entier de puissance, de fierté sévère, d'imposante et monumentale majesté.

C'est que ce n'est pas la dureté du bloc, ce n'est pas l'ampleur colossale des proportions qui assurent aux productions de la statuaire une glorieuse durée ; c'est bien plutôt cette énergique empreinte de la pensée humaine, cette justesse de caractère fermement saisie, cette poétique abstraction des attributs, qui, venant à se marquer dans le style, font survivre aux injures du temps et aux mutilations même des hommes la primitive expression de l'œuvre, conservent, retiennent, éternisent l'étincelle de vie, le souffle de grâce, le feu d'indélébile passion, jusque dans un torse fracassé, jusque dans un frustre tronçon. »
R. Töpffer - Voyages en zigzag (1842)

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