Mariano Fortuny y Madrazo (1871-1949)

Les brevets et les réussites de Mariano Fortuny

La Robe Delphos de Mariano Fortuny


Robes Mariano Fortuny “Delphos” avec survestes assorties
Robes Mariano Fortuny “Delphos”
Mariano Fortuny avait été particulièrement séduit par beauté de la statue de l'Aurige de Delphes, et voulait réaliser des robes à plis verticaux à la mode de la Grèce antique.

Le chiton (kitôn) ionien représenté sur les anciennes stèles funéraires, était une tunique de lin léger et raide qui ne “tombait” pas naturellement ; les plis verticaux palliaient à ce défaut, tout en lui donnant une certaine élégance.

Pour ce faire, il fallait trouver un moyen plus élaboré que le plissage à la main ou “à l'ongle” qui, en plus du temps passé, ne garantissait pas un plissage de bonne qualité : les plis ne tenaient pas très bien malgré l'amidon, et tout se déformait.

Robe Mariano Fortuny “Delphos” avec surveste de soie décorée de fibules en verre de Murano
Robe Fortuny “Delphos”
Il mit au point un appareil de plissage efficace, et déposa un nouveau brevet auprès de l'Office National de la Propriété Industrielle à Paris.

1909 : Brevet d'un “Appareil pour le plissage de tissus de soie”, déposé en juin, qui sera suivi par celui d'un “Vêtement féminin en soie”, baptisé “Delphos”, en novembre.

Ce vêtement féminin en soie, plissée par son appareil de plissage, c'est la fameuse robe Delphos ! Elle pouvait se porter avec une jaquette en gaze de soie assortie.

Les stars du théâtre lancent la mode Fortuny

Les années 1910 ont trouvé l'inspiration dans l'exotisme et le passé.

Et, en tant qu'homme de théâtre Mariano Fortuny s'était occupé des costumes de Sarah Bernhardt et d'Eléonora Duse, “la Duse”, qu'il connaissait depuis 1901, et depuis, elle venait lui rendre visite régulièrement au Campo San Benedetto.

Robe “Delphos” Mariano Fortuny
Robe “Delphos” Fortuny
Mariano avait créé pour elles des vêtements extrêmement raffinés : les merveilleuses robes Delphos qui se portaient à même la peau et épousaient les formes tout en voilant les contours du corps en ondulant au moindre mouvement en l'accompagnant de ses reflets de soie.

Portées au théâtre et dans les salons par les comédiennes les plus célèbres, toutes les femmes étaient fascinées par ces robes qui alliaient miraculeusement l'élégance et le raffinement d'une toilette ultra féminine, avec le confort offert par son incroyable souplesse.

Une taille unique pour des robes uniques qui s'adaptaient à chaque femme, puisqu'elles pouvaient s'arrêter aux chevilles, ou les cacher en s'évasant sur le sol comme une corolle de fleur.

La magie de la robe Delphos n'échappa pas à la géniale sensibilité des écrivains et des romanciers, qui alliaient la beauté de leurs héroïnes à la préciosité et au mystère de ces robes fermées de chaque côté par une ligne de fibules en verre de Murano, assorties à leur couleur, qui épousaient les formes du corps et ondulaient à chaque mouvement en fascinant le regard par d'incessants reflets.

Au premier plan une robe “Delphos”
Robe “Delphos”
La robe Delphos répondait avec charme et élégance à la tendance du début du XXe siècle à libérer le corps féminin dans ses mouvements (on abandonne le corset qui enserrait les hanches et le buste de la taille jusqu'à la poitrine) et à se débarrasser des ornements superflus, en même temps que l'architecture se donnait des critères rationnels et progressistes, en mettant en avant un confort pratique et fonctionnel.

Système d impression polychrome sur tissus

Mariano Fortuny étudiait aussi de très près les pigments qu'il voulait appliquer sur les tissus, afin d'enrichir sa gamme chromatique en employant des coloris exotiques extraits de matières organiques selon des techniques des anciens maîtres comme Titien et le Tintoret.

De nombreux artistes comme Gustav Klimt, Pierre Bonnard, Émile Bernard, Maurice Denis, John Singer Sargent, l'auraient consulté sur ce sujet.

Il réussit à perfectionner la méthode d'impression des katagamis en inventant un système différent des procédés industriels occidentaux comme la machine à cylindre qui supposait un niveau élevé de technologie.

Tissus Mariano Fortuny Venise
Tissus Mariano Fortuny
Son procédé permettait d'obtenir de grandes surfaces imprimées qui pouvaient être soit tendues sur un châssis, soit employées sous la forme de bandes continues.

Ce qui équivalait à une méthode d'impression sérigraphique alliée au système mécanique de la bande continue, dont les matrices réalisées dans des tissus de soie très fins étaient imbibées de gélatine sur laquelle on réalisait le motif avec une solution de bicarbonate alcalin.

Ce nouveau système était à la fois plus économique et plus pratique que tous les autres, puisque les matrices de grande taille éliminaient les problèmes liés à la répétition des motifs.

En 1910 il déposait un nouveau brevet à Paris pour son “Système pour teinture et impression de tissus”.

Détail d'un tissu Mariano Fortuny
Détail d'un tissu
La diffusion de la décoration de style japonais apportait du nouveau dans la mode des tissus imprimés, non seulement par l'usage modulaire des éléments, mais aussi par une tendance à l'abstraction et à l'abandon des effets de relief en remplaçant les dégradés et le sfumato par la séparation claire et nette des couleurs.

Ces apports exotiques n'étaient pas perçus comme de simples modèles à imiter, mais ils furent plutôt le point de départ d'un véritable exercice figuratif à travers lequel on pouvait épurer le goût occidental.

Cela se traduisit aussi par l'abandon du tissu ouvré qui présentait un certain relief, au profit de l'imprimé avec ses superficies planes et toutes ses possibilités dans le choix et les combinaisons des motifs et des couleurs.

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Liens sur les lieux et personnages cités dans cette page :

Aurige de Delphes - Wikipédia
Site Officiel du Musée du Louvre
Grèce antique - Wikipédia
Chiton (kitôn) ionien - Wikipédia
Eleonora Duse - Wikipédia
Sarah Bernhardt - Wikipédia
Gustav Klimt - Wikipédia
Pierre Bonnard - Wikipédia
Émile Bernard - Wikipédia
Maurice Denis - Wikipédia
John Singer Sargent - Wikipédia



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