Sior Rioba - Statues Frères Mastelli au Campo dei Mori

Ci-dessus, la première statue qui se trouve sur le Campo dei Mori, au numéro 3384B. Cette statue, à l'origine sans aucun turban, reste un mystère au niveau de son interprétation. Si elle est bien la statue de l'un des frères Mastelli, qu'en est il de l'étole, ressemblant à celle d'un prêtre, posée sur la veste de l'homme ? L'homme tient de plus une partie de cette étole avec l'une de ses mains, comme pour mieux en indiquer sa fonction religieuse. On serait donc en face d'un prêtre chrétien, si cette hypothèse était vérifiée, bien loin d'un “Arabe”, comme le turban rajouté deux siècles plus tard voudrait le faire croire
La première Statue à l'étole, un prêtre ?

Des Statues à taille humaine


La première statue, d'un mètre cinquante de haut, qui se trouve au numéro 3384B du Campo dei Mori, montre, du fait du rajout du turban, un oriental barbu qui tient un petit coffret dans sa main gauche.

Mais faites bien attention et vous verrez aussi que sur la veste de cet homme se trouve ce qui pourrait bien être une étole religieuse, indiquant que ce personnage aurait tout aussi bien pu être un prêtre !

Après tout, la famille Mastelli avait bien pris part à la Grande Croisade contre les infidèles en 1202.



En effet, son propriétaire de l'époque, la fit déplacer en terre ferme, à Spinea di Mestre, dans sa maison de campagne.

La statue retourna à Venise au cours du XXe siècle à une date qui est restée indéterminée.

Ci-dessus, la seconde statue sur le Campo dei Mori, au numéro 3385. C'est un homme aux cheveux longs qui porte à deux mains un fardeau sur ses épaules
2e statue au 3385 Campo dei Mori
La seconde statue, d'un mètre soixante sept de haut, se trouve au numéro 3385.

Cette statue représente un homme aux cheveux longs qui porte à deux mains un fardeau sur ses épaules.

La troisième statue, la plus célèbre, où fut rajoutée postérieurement l'inscription “Rioba”, est aussi la plus grande.

Elle mesure en effet un mètre quatre vingt dix de haut.

Elle se trouve au numéro 3386.

C'est un homme qui porte également un fardeau, plus exactement une sorte de panier contenant des marchandises, un panier maintenu au front du porteur par une ceinture.

Ci-dessus, la seconde statue sur le Campo dei Mori, au numéro 3385. C'est un homme aux cheveux longs qui porte à deux mains un fardeau sur ses épaules. On voit très nettement que le turban a été rajouté postérieurement
2e statue au 3385 Campo dei Mori
Dans une main Rioba tient également, comme l'un de ses frères, un petit coffret, tandis que dans l'autre se trouve encore un moignon de bâton.

La quatrième statue se trouve séparée des trois autres.

Elle est située au 3397 sur la Fondamenta dei Mori, contre la maison qui devint celle du Tintoret.

D'une taille d'un mètre soixante cinq, elle serait celle du serviteur des frères Mastelli.

C'est aussi la seule statue à être totalement encastrée dans le mur et de plus dans une niche datant de la Renaissance, aujourd'hui particulièrement penchée !

Elle est également posée sur une colonne de pierre sculptée datant de l'époque romaine.

Des Grecs Chrétiens qui deviennent Arabes pour finir par être la risée des vénitiens…

Mais les déboires des Mastelli et de leurs statues allaient continuer et ce même après l'extinction du nom de la famille.

Ci-dessus, la La statue du serviteur des frères Mastelli, encastrée dans le mur de la maison du Tintoret, au numéro 3397 sur la Fondamenta dei Mori à Venise
Statue du serviteur des Mastelli
La branche des Mastelli de Venise s'est éteinte en 1620 avec le décès du dernier descendant mâle de la famille : Antonio, fils de Gaspare Mastelli et Laura Turioni.

Ce ne peut donc être qu'à partir de cette date que la statue de l'angle sur la Fondamenta dei Mori, celle de Rioba, l'un des trois premiers frères Mastelli, aurait été renommée “Sior Antonio Rioba” au lieu de “Rioba”.

Et c'est ainsi que commença la fameuse histoire d'Antonio Rioba, Pasquino vénitien, objet de quolibets et blagues plus ou moins fines jusqu'au siècle dernier, avec comme point culminant, le remplacement du nez de la statue de Rioba Mastelli par un nez de fer, entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle.

Antonio Rioba, en concurrence avec le Gobbo du Rialto, mais qui lui l'était devenu dès 1577, devint donc aussi objet de risée, d'exutoire populaire.

Ci-dessus, la statue de celui qui fut rebaptisé “Sior Antonio Rioba” pour devenir la risée, le pasquino du peuple vénitien
Sior Antonio Rioba, Pasquino vénitien
Sior Antonio Rioba eut alors droit aux pasquinades à la vénitienne : Paysans nouveaux venus à Venise ou encore apprentis à qui l'on confiait paquets et lettres à porter au Sior Antonio Rioba qui se trouvait au Campo dei Mori.

Évidemment, le pauvre Sior Antonio ne risquait pas de répondre auxdites lettres, ni d'accuser réception des paquets.

Par contre il y avait toujours une foule de curieux et autres rieurs qui traînaient à proximité de la statue, pour voir arriver les naïfs de la journée et se moquer d'eux !

L'apogée de la pasquinade à la “Sior Antonio Rioba” survint en 1848, avec une publication satirique qui porta même son nom.

De là plusieurs légendes vinrent se greffer sur les pauvres frères Mastelli.

On leur fit même une réputation de commerçants malhonnêtes…

Ci-dessus, la statue au nez de fer de celui qui fut rebaptisé “Sior Antonio Rioba” pour devenir la risée, le pasquino du peuple vénitien.
Sior Antonio Rioba, Pasquino vénitien
Une légende veut même que Sainte Madeleine, déguisée en pauvre veuve et ayant mis à l'épreuve leur mauvais fond, les transforma en pierre, ce qui explique aujourd'hui leur présence statufiée au campo dei Mori.

Mais là encore, les colporteurs de ces légendes ont accumulé tant d'erreurs historiques et de contradictions au sujet des frères Mastelli, que leurs contes en paraissent bien fades en regard de la véritable histoire de ces trois frères.

Trois commerçants grecs qui ont réussi a devenir citoyens vénitiens, à participer à la Grande Croisade et à la conquête de Constantinople avec le Doge Enrico Dandolo, puis à être membres du Grand Conseil de la République, c'est tout de même un destin exceptionnel !

Lorsque vous passerez devant eux, n'oubliez donc pas de les saluer et imaginez ces grecs venus s'installer avec tant de succès à Venise, voici maintenant neuf siècles !

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