Les Scuole Grande de Venise


Scuola Grande San Teodoro San Marco Venise
Scuola Grande San Teodoro à Saint-Marc

Les Scuole, un phénomène typiquement Vénitien

Les Scuole sont le siège de confréries de laïcs sous le patronage d'un saint protecteur.

La plupart d'entre elles appartenaient à la catégorie des Associations d'arts et de Métiers (les Arti) ayant une fonction corporative et mutualiste.

Certaines avaient une fonction d'assistance envers un groupe social précis, comme la Scuola dei Zotti réservée aux invalides de guerre, ou bien à des groupes étrangers ( Albanais, Dalmates, Grecs etc.) qui vivaient et travaillaient à Venise, pour faciliter leur intégration

Les Scuole tenaient un rôle important pour la cohésion sociale de Venise par la confraternité qui unissait leurs membres entre eux, mais aussi par la solidarité et la charité envers les plus faibles et les plus démunis.

Elles sont à l'origine de la construction d'hospices et d'hôpitaux.

La République aristocratique de Venise trouvait sa parfaite illustration au sein des Scuole qui assuraient les droits et le bien être de chacun en lui demandant de se soumettre à des règles de conduite très précises.

Un Statut mi-religieux, mi-laïc

Les Scuole étaient toujours à proximité d'une église ou d'un monastère, ou y étaient même rattachées.

Leur but était le soutient matériel et spirituel de leurs bénéficiaires et la pratique des vertus chrétiennes. Mais les ecclésiastiques ne pouvaient exercer aucun contrôle sur leur administration.

Au moyen âge, une Scuola était considérée comme grande ou petite en fonction de son importance sociale et économique.

Elles rassemblaient surtout des artisans, des marchands et des bourgeois dont elles défendaient les intérêts. L'exercice des divers métiers et le nombre de ceux qui les exerçaient était contrôlé et règlementé par les Scuole.

Scuola Grande San Giovanni Evangelista Venise
Scuola Grande San Giovanni Evangelista

Scuole Grandi et Scuole Piccole


Leur prolifération coïncide avec l'éclosion de l'art vénitien entre le XVe et le XVIIIe siècle.

Il y en aura près de 300 !

La distinction entre Scuole Grandi et Scuole Piccole (majeures et mineures) eut lieu au XVe siècle.


Il y avait trois types de Scuole "mineures" :

- Celles des guildes d'ouvriers, d'artisans et de commerçants. Chacune d'elles avait sa propre Scuola.

- Celles des résidents étrangers.

- Celles des confréries dévotionnelles dont les membres se consacraient à la vénération d'un Saint ou à la pratique d'un culte particulier. Par exemple la Scuola Levantina et la Scuola Italiana sont des synagogues.

Les Scuole Grande appartiennent aux confraternités de notables Vénitiens : les Patriciens marchands et les Bourgeois les plus riches.

Elles comptaient parmi les institutions les plus stables et les plus puissantes de Venise.

Elles furent créées à l'origine dans un but ostensiblement dévotionnel.

C'était des Fraternités s'inspirant du mouvement ascétique des Flagellants fondé en 1260 par Ranieri Fasani, un ermite dominicain de Pérouse.

Les Scuole San Giovanni Evangelista, San Marco et della Carità datent de cette époque où les églises des Ordres Religieux Mendiants ont fait leur apparition.

Les Scuole Grande sont au nombre de six : la Scuola San Marco, la Scuola San Teodoro, la Scuola San Giovanni Evangelista, la Scuola della Misericordia, la Scuola Santa Maria della Carità et la Scuola San Rocco.

Une Architecture Particulière et Significative

Du point de vue architectural, les Scuole sont des édifices rectangulaires dont l'intérieur est constitué par deux grandes salles superposées et reliées par un escalier. La Salle du Chapitre était à l'étage. Le Chapitre (Capitolo) était l'Union des membres de la Scuola.

Les bâtiments des Scuole Piccole (mineures) étaient plus petits et moins prestigieux que ceux des Scuole Grandi.

Portail de la Scuola dei Calegheri  sur le Campo San Toma : Saint-Marc bénissant le cordonnier Anian
Portail de la Scuola dei Calegheri sur le Campo San Toma - Saint-Marc bénissant le cordonnier Anian
La Scuola Piccola gothique la mieux conservée est la Scuola dei Calegheri (cordonniers) dont le portail est orné d'un bas relief représentant Saint-Marc bénissant le cordonnier Anian.

Les Scuole Grande ont, en plus de la Salle du Chapitre, un Albergo, une petite salle à l'étage noble où se réunissait la Banca : le conseil d'administration de la Scuola. La Banca était un groupe de 16 membres, élus pour un an par l'ensemble de la communauté, qui étaient chargés de la gestion quotidienne de la Scuola.

Leurs revenus provenaient essentiellement des cotisations de leurs membres et des donations accordées par de riches mécènes, dont la générosité était stimulée par la compétition qui régnait entre les Scuole grandi pour être décorées par les plus belles œuvres d'art.

Les Scuole sont les Musées de Venise

Les fonds ainsi obtenus étaient consacrés à la bienfaisance envers les membres en difficulté ou à l'aide aux nécessiteux, et à l'achat d'objets de cérémonie tels que cierges et bannières.

Mais ils servaient aussi à financer les travaux d'agrandissement et d'embellissement par de grands architectes et par les meilleurs peintres et sculpteurs dont les œuvres rehaussaient le prestige de la Scuola.

Les édifices religieux affiliés aux Scuole bénéficiaient largement des mêmes avantages et sont aussi riches qu'elles en œuvres d'art.

Scuola Vecchia della Misericordia Venise
Scuola Vecchia della Misericordia
Pas de fraternité ni de charité austères : l'Amour et la Force devaient s'achever et se révéler par la Beauté. La Beauté, devenue signe extérieur de vertu mais aussi d'orgueil corporatiste et de vanités familiales.

Le Poids Politique des Scuole Grandi


« C'étaient autant de petites et fortes républiques que ces scuole qui se plaçaient ainsi sous la protection d'un saint.

Elles élevaient des édifices, décoraient les églises et dépensaient des sommes considérables en oeuvres de bienfaisance.

Elles distribuaient annuellement plus de quatre-vingt mille francs d'aumônes, et les cinq écoles des Battudi avaient chacune plus de douze cents associés. »

Molmenti - La vie privée à Venise

Le Conseil des Dix exerçait un contrôle ultime sur les Scuole mais, pas plus que les Ecclésiastiques, il ne pouvait exercer aucun contrôle sur leur administration interne.

Elles étaient le meilleur moyen d'expression d'une certaine autonomie des riches vénitiens qui n'étaient pas Patriciens.

Les Scuole offraient une compensation aux gens privés du droit de vote en leur offrant ainsi des moyens indirects d'intervention sur le plan politique.

Les Citoyens Membres des Scuole participaient aux grandes cérémonies et aux processions ducales : accompagnés de leurs musiciens, ils arboraient fièrement leur règle et leur blason.


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