La Vierge à l’enfant, Sainte Conversation avec l’ange musicien de Giovanni Bellini

Huile sur Toile transposée sur bois (500 x 235 cm) 1505

Giovanni Bellini, Vierge à l'enfant et Saints, Sainte Conversation, église San Zaccaria à Venise
Bellini Sainte Conversation
Un ange au visage d’enfant joue de la viole aux pieds de la Vierge et de l’enfant Jésus.

Ensemble ils constituent le centre du tableau, entouré de quatre Saints disposés symétriquement deux à deux :

À gauche, Saint-Pierre et Sainte-Catherine.

À droite, Sainte-Lucie et Saint-Jérôme.

Sainte-Catherine tient la palme du martyre ; Sainte-Lucie tient une coupelle dans laquelle se trouvent ses yeux, rappel de son supplice.

Saint-Jérôme, avec son livre ouvert, est le docteur de l’église qui a fait reverdir l’arbre desséché (derrière lui) des écritures de la tradition antique ; Saint-Pierre avec sa clef et le livre fermé derrière lui, figure le Christ dispensateur de la Grâce qui est au-delà de la connaissance, et la tige de lierre figure la force de l’enracinement dans la Vérité et dans la Foi.

Giovanni Bellini, Vierge à l'enfant et Saints, Sainte Conversation, église San Zaccaria à Venise
Bellini Sainte Conversation
Dans la coupole du haut du tableau, on peut voir une lampe vénitienne de style byzantin, précédée par un œuf d'autruche, symbole de la virginité de Marie.

Enfin au haut du trône sur lequel la Vierge est assise se trouve la tête du roi David, de manière à rappeler que Marie fait partie de sa lignée.

Ce tableau magnifique a été décrit par de nombreux écrivains et artistes.

Albrecht Dürer qui vit l'œuvre de Bellini peu de temps après sa mise en place, déclara à l'un de ses amis que Giovanni Bellini, bien que déjà âgé de 75 ans à cette époque, dépassait en vitalité tous les autres peintres vénitiens.

Voici ce qu'en disait beaucoup plus tard, Jean-Louis-Ernest Meissonier (1815-1891) :

« On voit que Jean Bellin (traduisez Giovanni Bellini) a été poursuivi par le mouvement des draperies de l'antiquité.

Giovanni Bellini, Vierge à l'enfant et Saints, Sainte Conversation, église San Zaccaria à Venise
Bellini Sainte Conversation
Il a dû faire ses figures avec des maquettes, sans la nature, car le dessin est absolument illogique.

Si on déshabillait les deux saints, de Saint-Zacharie, à Venise, par exemple, on trouverait entre leurs jambes un écart à faire passer un navire.

Le manteau du saint, en rouge, ne se modèle pas sur un corps réel.

Voyez, il n'y a qu'un grand pli au milieu; l'espace nu jusqu'à la bordure du manteau aurait gagné à des plis vivants.

Si la Vierge se levait, elle aurait un buste de poupée et des jambes de géante.…

Malgré cela, on est étourdi par l'incomparable effet produit. C'est à se demander si ces erreurs mêmes ne constituent pas cet effet.

Mais non, tout aurait gagné à un meilleur dessin. C'est peut-être le plus beau des Jean Bellin. Depuis qu'on fait de la peinture, on n'a jamais traité l'architecture aussi admirablement.

Giovanni Bellini, Vierge à l'enfant et Saints, Sainte Conversation, église San Zaccaria à Venise
Bellini Sainte Conversation
Regardez les valeurs de tons, la perspective du fond, la finesse des effets… cette bande de marbre ; et quel espace… quel air entre l'autel et le mur !

La délicieuse figure que celle de Magdeleine, avec sa robe de brocart bleu et or ! »
Jean-Louis Vaudoyer « Italie Retrouvée » (1931)

« De génération en génération, depuis près de cinq siècles, les paroissiens de l'église de San Zaccaria vivent sous la protection d'une Madone de Giovanni Bellini ; et l'ineffable petit ange musicien qui, assis aux pieds de la Vierge, joue de la viole, est leur ami d'enfance. »

Henry James dans son livre « Italian Hours » (1909) y mêle l'avis du visiteur :

« La Madone de San Zaccaria est accrochée dans un endroit froid, sombre et triste, et de plus trop en hauteur, mais elle est si douce et sereine, et présentée de manière si grandiose, que la seule attitude possible pour l'amateur le plus critique, lorsqu'il la regarde, est de s'agenouiller devant elle. »

Enfin, Jérôme de La Lande dans « Voyage d'un Français en Italie » (1765) et avec la vision artistique de son époque :

Giovanni Bellini, Vierge à l'enfant et Saints, Sainte Conversation, église San Zaccaria à Venise
Bellini Sainte Conversation
« Au second autel, à gauche, on voit une Vierge assise dans un fauteuil de pierre, tenant l'Enfant Jésus, et ayant à ses pieds un Ange qui joue du violon.

D'un côté Saint-Pierre et Sainte-Catherine, et de l'autre Saint-Jérôme et Sainte-Agathe (de La Lande fait ici une erreur puisqu'il s'agit de Sainte-Lucie).

Ce tableau fut fait par Jean Belin (Giovanni Bellini) en 1505 ; c'est son plus bel ouvrage ; les têtes en sont très belles, les caractères bien variés ; il est frais de couleur ; il a de grandes finesses de tons ; le dessin est pur, mais un peu sec pour le temps présent.

Il est aussi d'une composition trop symétrique.

On est redevable à ce maître d'avoir fait le premier des progrès rapides du côté de la couleur, et d'avoir commencé à sortir de la sécheresse des peintres qui l'avaient précédé. »
Jérôme de La Lande dans « Voyage d'un Français en Italie » (1765)

Chapelle d'Or - Tintoret


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