Lord Byron - Ode à Venise

Portrait de Lord Byron par Richard Westall
Lord Byron
« Ô Venise ! Venise !
Lorsque tes murs de marbre
seront de niveau avec les ondes,
alors les nations pousseront un cri
sur tes palais submergés,
et une lamentation bruyante
se prolongera sur les flots qui t'engloutiront !

Si moi, voyageur du nord, je pleure pour toi,
que devraient faire tes enfants ?

Ne devraient-ils que pleurer ?
et pourtant ils ne murmurent que dans leur sommeil.

Qu'ils ressemblent peu à leurs pères !

Ce que la vase, le sable verdâtre
laissé à nu par la retraite de la mer,
est aux vagues écumantes de la haute marée
qui jette le matelot naufragé jusqu'au bord de sa demeure,
voilà ce que les hommes d'aujourd'hui
sont aux hommes d'autrefois :
ils se trahissent, en rampant comme le crabe,
à travers les ruines de leurs antiques rues.

Oh désespoir !
tant de siècles et ne pas recueillir de meilleurs fruits !
Treize cents ans de richesse et de gloire
ont abouti à la poussière et aux larmes :
tous les monuments que l'étranger rencontre,
églises, palais, colonnes, l'accueillent avec un air de deuil.

Le lion lui-même paraît tout abattu ;
et le tambour barbare, aux sons âpres et discordants,
répète chaque jour, comme un sombre écho,
la voix de son tyran, 1e long de ces ondes paisibles,
charmées jadis du chant harmonieux qui s'élevait
au clair de la lune, de mille et mille gondoles,
charmées de l'actif bourdonnement d'êtres joyeux,
dont les plus coupables actions n'étaient que la fièvre du cœur
et le débordement d'un bonheur trop grand,
qui a besoin du secours de l'âge pour isoler son cours
de ce voluptueux torrent de douces sensations,
luttant sans cesse avec le sang…  »
Lord Byron - “Miscellanées — VII”

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