L'hommage de Goethe

Johann Wolfgang von Goethe par Joseph Karl Stieler en 1828
Johann Wolfgang Goethe
« Le peuple est la base sur laquelle tout repose.

Les spectateurs jouent leur rôle, et la foule s'identifie avec le spectacle.

Durant le jour, sur les places et sur les quais, dans les gondoles et au palais, le vendeur et l'acheteur, le mendiant, le marin, la voisine, l'avocat et son adversaire, vivent, se démènent, se trémoussent, parlent, protestent, crient, réclament, chantent, jouent, jurent et font du vacarme.

Et le soir, ils vont au spectacle, et voient et entendent leur vie du jour artistement combinée, enjolivée, entremêlée de contes, éloignée de la réalité par le masque, tandis qu'elle en est rapprochée par les moeurs.

Ils s'en amusent comme des enfants, ils crient, ils applaudissent et font du vacarme.

Du matin au soir, ou plutôt de minuit à minuit, c'est toujours de même. »
Goethe - Italianische Reise - 4 octobre 1786 Au Théâtre San Luca

Stendhal Admiratif de Goldoni

Portrait de Stendhal
Portrait de Stendhal
« Les comédies de Goldoni en dialecte vénitien sont des peintures flamandes, c'est-à-dire pleines de vérité des moeurs du petit peuple de l'époque de volupté et de bonheur qui précéda l'anéantissement de la République. »
Stendhal

La Spontanéité et le Naturel du Génie

Mais Goldoni ne cherchait pas à faire de l’esprit, il avait la spontanéité et le naturel du génie. Il écrivait sans la moindre prétention littéraire, il pensait théâtre.

Le théâtre est d’abord et avant tout un spectacle, et son texte est une parole incarnée, pas une pensée abstraite…

Venise : La Symbiose du Spectacle et de la Vie

La gravité semble un masque. La beauté permanente fatigue.

Après la splendeur de ces régates du Grand Canal, dont les voyageurs nous rapportèrent tant de récits éblouis, l'enjouement reprend ses droits, la parodie commence, et ayant été chercher toutes sortes de vieux branlants, chenus et caducs, on les fait courir une régate de brouettes sur la rive.

Portrait de Giacomo Casanova
Giacomo Casanova
Giacomo Casanova, qui connaissait Goldoni :

« Pour rire, on se fait des farces.

Tous se font des farces, même les hommes d'âge, même les personnages en titre, qui se divertissent à ces niches innocentes réjouissant les préaux de collège.

En villégiature, à la campagne, on s'amuse à distribuer des pilules laxatives aux demoiselles. »
Casanova, Mémoires, II.

Au Café des Quattro Santi Marchi

Les blagues les plus scabreuses font partie des divertissements de l'époque comme le relate Longo dans ses mémoires :

« Au café des Quattro S. Marchi où l'on est quelques gens de plume, de robe et de condition à fréquenter, on imagine de se masquer en sbires et d'enfermer l'un de ses habitués, homme de soixante ans, dans les latrines du Rialto, où il passe la nuit se croyant au cachot. »
Longo, Memorie, II.

Lalande complète le Tableau d'une Venise... Débridée !

« On trouve des polichinelles dans les conversations, dans les spectacles, dans les plaisirs, dans les peintures, dans les écrits, et même dans les églises. »
Lalande, Astronome français lors de sa visite à Venise.

Goldoni et Casanova : Une Relation Compliquée

Portrait de Giacomo Casanova par Raphaël Mengs en 1760
Giacomo Casanova par Raphaël Mengs
Depuis 1762, Goldoni est à Paris.

Il y a quelque chose de contraint, et comme une trace d'aigreur, dans les paroles de Casanova parlant de Goldoni à Voltaire :

« “C'est notre Molière”, dit-il, pour préciser aussitôt, non sans suffisance :

Il est bon auteur de Comédies, et voilà tout.

Il ajoute que Goldoni est de ses amis :

Et tout Venise le sait.

Mais à Paris, il se garde bien de le fréquenter.

Lui si brillant, il affirme avec complaisance que Goldoni en revanche “ne brille pas en société”, qu'il “est insipide et doux comme de la guimauve”, sans parvenir à comprendre avec quelle force inexorable cette bonhomie goldonienne, apparemment molle et insipide, a imposé au public, aux acteurs, aux moeurs théâtrales, sa propre poétique. »
Bartolini - Le crépuscule de Casanova.

Goldoni et la Mère de Casanova

Portrait de Giacomo Casanova par Anton Graff
Giacomo Casanova
Goldoni avait bien connu la mère de Casanova au temps où elle faisait partie de la troupe Imer.

Il appréciait son talent et avait rédigé une pièce spécialement pour elle.

Carlo Goldoni à Versailles

1763-1780 : Goldoni écrit encore quelques pièces, mais le succès n'est pas toujours au rendez-vous.

Canevas pour la Comédie Italienne, L'Eventail, Le Bourru Bienfaisant, L'Avare Fastueux.

Goldoni loge à Versailles quand il est nommé maître d'italien des princesses : Il enseigne l'italien à la sœur de Louis XV, puis aux sœurs de Louis XVI.

Il reçoit une pension de 3600 Livres.

Le Début de la Fin

1784 : Souvent malade, Goldoni commence à rédiger ses Mémoires, qu'il dédie à Louis XVI.

Elles paraîtront chez la Veuve Duchesne, rue St. Jacques.

1792 : Les Révolutionnaires suppriment les pensions royales… Goldoni connaît l'indigence.

1793 : Le 7 février, la Convention vote le rétablissement de la pension de Goldoni… qui était mort la veille !

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