Goldoni : La Commedia dell'Arte

La statue de Carlo Goldoni par Antonio dal Zotto au Campo San Bartolomeo à Venise
Goldoni par Antonio Dal Zotto
A l’époque, la commedia dell’arte est à son apogée sur les scènes de théâtre.

Chaque masque exécute son numéro personnel, toujours le même, en puisant librement dans son répertoire de “lazzi” et de gags bien connus et attendus avec impatience par le public.

Au cours de ses balades, l’avocat Goldoni a pu observer toutes sortes de Pantalons (toujours dans le besoin), de docteurs Balanzon, de Colombines et d’Arlequins.

Pas seulement au théâtre… mais dans la vie.

Bien réels et aussi variés que possible.

Toute une infinité de caractères sous chaque masque que Goldoni veut retirer, pour leur donner la parole et pour les montrer au public tels quels, à visage découvert.

Le Théâtre est dans la Vie et la Vie est un Spectacle

Petit à petit, Goldoni fait tomber les masques de la commedia dell’arte en persuadant les comédiens d’apprendre par cœur le rôle d’un personnage individuel, et d’abandonner les réponses improvisées (lazzi) qui expriment le tempérament d’Arlequin ou de Pantalon.

Il veut remplacer les culbutes et les artifices par la vérité de la vie en montrant des caractères, des personnages réels, avec leurs passions complexes et contradictoires.

La scène était un excellent test auprès du public.

Tant et si bien que le canevas et les masques furent remplacés par un texte et des rôles bien définis mais plus riches.

Le vieux décor de la place est remplacé par les cadres familiers de la vie quotidienne : une table de café où on joue aux cartes en se faisant des confidences, un quai avec des ouvriers au travail, une salle de tribunal, une boutique… et les faits auxquels on ne prête même pas attention deviennent des objets de divertissement !

1747 : Il Abandonne son Métier d'Avocat

En 1747, Goldoni abandonne définitivement son métier d’avocat : il est engagé comme auteur attitré au Théâtre Sant’Angelo, à Venise par le capocomico Gerolamo Medebac.

Contre un salaire annuel de 450 ducats, il devra fournir 8 pièces et 2 autres compositions théâtrales.

1748-1762 : les Années vénitiennes

A 40 ans, Goldoni peut enfin se consacrer entièrement à sa passion du théâtre.

Venise et son public stimuleront sa création à un point tel que la plupart (et les meilleures) de ses pièces seront écrites durant cette douzaine d’années.

1750-51 - Le Défi : Créer 16 Comédies en Une Seule Saison

Pour satisfaire les exigences du public du San’Angelo, il lance le défi de créer 16 nouvelles comédies, en une saison.

Il en offrira 17 ! Entre autres : Pamela, Le Théâtre comique, Le Café, Le Menteur, L’aventurier Honorable, L’Avocat vénitien, Le Flatteur, Les Caquets, Molière.

Carlo Goldoni
Carlo Goldoni

1752 : Nouveau Contrat avec les Grimani

Goldoni signe cette année là un nouveau contrat avec les Grimani.

Pour 50 ducats par mois, il devra fournir 8 pièces par an au Théâtre San Luca (aujourd’hui Teatro Goldoni).

Le public est plus huppé qu’au San’Angelo.

1752 : Les Femmes Jalouses, La Servante Amoureuse, Le Feudataire.
1753 : Les Femmes Curieuses, La Locandiera…
1754-1755 : Les Ménagères, La Villégiature, Les Femmes chez elles.

1757 : Le comte Gozzi, un défenseur passionné de la Commedia dell’arte et de la langue italienne s’attaque à Goldoni par une parodie : Le Morbinose (celles qui ont le morbin ou la rage de rire).

Tout en lui reprochant son style relâché, son théâtre trop populaire, il montre que le public se laisse facilement “avoir” par des puérilités.

Carlo Goldoni Critiqué...

« Il a assourdi les oreilles et conquis le cœur du vulgaire, spécialement des gondoliers de Venise […]

Mais sa langue est le plus sot mélange de mots et de tournures empruntées à divers dialectes d’Italie, ridiculement toscanisés […]

Ses sentiments sont si triviaux, si communs, qu’il met dans la bouche d’une princesse seraient bien en place dans celle de sa femme de chambre. »
Baretti

...Carlo Goldoni apprécié !!!

On trouvait ses comédies :
« sur les toilettes des dames, sur les bureaux des seigneurs, sur les banquettes des boutiquiers, entre les mains des promeneurs, dans les écoles publiques et privées, dans les collèges, et jusque dans les monastères. »
Carlo Gozzi - Mémoires Inutiles

Toujours selon Carlo Gozzi, un abbé Salerni déclarait du haut de la chaire que pour écrire et composer ses sermons, il lisait infatigablement les comédies de Goldoni.”

Goldoni recueillit cependant des adhésions plus sérieuses: Gasparo Gozzi, Verri, Albergati, Maffei; beaucoup de patriciens de Venise: Widmann, Grimani,Vendramin, Barberigo, Mocenigo.

Voltaire l’appelait “Fils et Peintre de la Nature” !

En Europe, celui qui avait alors l'autorité suprême était Voltaire.

Il appelait Goldoni le “Fils et le peintre de la nature.”

Voltaire lui écrit en italien :
« Signor mio, pittore e figlio della natura…Ho veduto la vostra anima nelle vostre opere.

Ho detto: ecco un uomo onesto e buono che ha purificato la scena italiana... » (J’ai vu votre âme dans vos œuvres. J’ai dit: c’est un homme aimable et honnête qui a purifié la scène italienne).

« Oh! che fecondita , mio signore! Che purità! Come lo stile mi pare naturale faceto e amabile! Avete riscattato la vostra patria dalle mani degli arlecchini. » (Oh! Quelle fécondité, monsieur ! Quelle pureté ! Comme le style me paraît naturel, aimable et plaisant ! Vous avez délivré votre patrie des mains des arlequins.)
Voltaire - Correspondance VIII - Lettre du 24 septembre 1760

Goldoni le Prolifique !

La liste chronologique des œuvres de Goldoni compterait 149 comédies, 10 tragédies, 83 opéras, opéras-comiques et intermèdes… même si certains ne sont pas entièrement rédigés, ça laisse rêveur !

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