L'île de Murano

Les Îles de Venise : Murano, Burano, Torcello

Excursion en Bateau dans les îles de Murano, Burano et Torcello  Informations » 

Démonstration des Maîtres Verriers de Murano

Démonstration travail du Verre de Murano  Informations » 

Remplir de vin les vases fabriqués

« Les fabriques de perles, d'origine si ancienne, de l'île de Murano nous attirèrent d'abord.

Service à huile et vinaigre en forme de coquille bivalve , fin du XVIe début XVIIe siècle, au musée du verre de Murano à Venise
Flacons de table XVIIe
Nous vîmes travailler, dans l'ardente fournaise, ces célèbres manufacturiers, dont Henri III anoblit les ancêtres, émerveillé qu'il était des produits de leur travail.

Nous suivîmes toutes les transformations que subit la silice, terre que nous foulons aux pieds, avant qu'elle devienne perle, vase ou tissu merveilleux.

Ne méprisons rien : le diamant est dans le charbon, que nous employons au usages les plus vulgaires.

Ainsi, la vérité est enveloppée dans la pensée universelle et commune : il ne faut que savoir l'en dégager et la mettre en lumière.

Plat en verre dit Reticella du XVIIe siècle, au musée du verre de l'île de Murano à Venise
Plat «Reticella» XVIIe siècle
Les gentilshommes émérites de Murano nous firent souffler dans leurs tubes pour nous initier aux procédés de leur industrie.

C'était à qui mieux mieux parmi nous.

Mais il nous fut dit ensuite qu'il était d'usage,

Quod volet usus,
Arbitrium est et jus et norma

De remplir de vin les vases qu'on avait fabriqués.

Nos vases étaient des outres : il fallut s'exécuter de bonne grâce. »
Flandin - Voyages 1838

Des perles de couleurs

« Murano est bien déchu de son antique splendeur; ce n'est plus, comme autrefois, la magicienne des fausses perles, des glaces et des verroteries.

Flacons en verre de Murano émaillé, XVIIe-XVIIIe siècle au musée du verre de l'île de Murano à Venise
Flacons en verre de Murano émaillé
La chimie a éventé ses secrets ; elle n'a plus le privilège de ces beaux miroirs à biseaux, de ces grands verres au pied de filigrane, de ces buires rubanées de spirales laiteuses, de ces boules de cristal qui semblent une larme de la mer figée sur les délicates végétations océaniques ; de ces rassades qui bruissaient sur le pagne des noires Africaines.

La Bohême fait aussi beau, Choisy-le-Roi fait mieux.

L'art, à Murano, est resté stationnaire dans le progrès universel.

Nous visitâmes une de ses verreries, où l'on fabriquait de petites perles de couleur.

De longs fils creux, de nuances différentes, les uns transparents, les autres opaques, sont hachés par petits fragments, puis roulés dans des boîtes, jusqu'à ce que le frottement les ait arrondis ; on les polit, puis on enfile ces perles avec du crin et on les réunit en écheveaux.

Verres à pied en verre de Murano du XVIIe siècle, au musée du verre de l'île de Murano à Venise
Verres à pied XVIIe siècle
On souffla pour nous une bouteille tramée d'un ruban de filigrane blanc et rose.

Rien n'est plus simple et plus expéditif que le procédé.

L'ouvrier verrier était un grand et beau garçon, à cheveux noirs et frisés, dont la mine vermeille ne s'accordait guère avec les préjugés que l'on avait autrefois sur cette profession réputée mortelle, et que les gentilshommes pauvres pouvaient à cause de cela exercer sans déroger.

Il prit un peu de verre en fusion au bout de son tube, y amalgama le filet de couleur qu'il voulait tourner en même temps, et d'une seule haleine souffla sa pièce, qui s'enflait frêle et légère comme une bulle de savon.

Vase avec couvercle en verre fumé et décoré de motifs floraux gravés à la pointe de diamant. Fin du XVIe début du XVIIe siècle, au musée du verre de Murano à Venise
Vase décoré à la pointe de diamant
Il nous fit de même un verre qu'il nous abandonna pour quelques zwantzigs. (Note e-Venise.com : Venise est alors occupée par les Autrichiens)

Murano renferme une autre curiosité qu'on nous fit voir avec un certain orgueil, un cheval, animal plus chimérique à Venise que la licorne, le griffon, les coquecigrues, les boucs volants et les cauchemars.

Richard III y crierait en vain : “Mon royaume pour un cheval.” Cela nous fit un certain plaisir de voir cet honnête quadrupède, dont nous commencions à oublier l'existence.

La rencontre de ce cheval nous donna une espèce de nostalgie de terre ferme, et nous revînmes à Venise tout rêveur. »
Théophile Gautier - Italia 1855

Miroirs et Mosaïques | Siècles de savoir-faire


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