L'île de Murano et le Verre

Les Îles de Venise : Murano, Burano, Torcello

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Démonstration des Maîtres Verriers de Murano

Démonstration travail du Verre de Murano  Informations » 

Coupe nuptiale d'Angelo Barovier
Coupe nuptiale d'Angelo Barovier

Tout est divin !

« J'arrive de Murano, petite ville bâtie ainsi que Venise sur les lagunes ; elle contient de nombreuses fabriques de cristaux et de perles en verre colorié.

Il est amusant d'assister aux opérations sans nombre que nécessitent ces petits grains portés avec tant d'indifférence, presque de mépris par nos dames.

Ce verre brûlant, rouge, pâteux, roulé en longues baguettes, puis soufflé et modelé en formes élégantes ; ce mugissement sourd de la flamme qui dévore ; ces vastes fournaises, ces hommes noircis, ce résultat fragile, ont un côté pittoresque.

Coupe nuptiale d'Angelo Barovier
Coupe nuptiale d'Angelo Barovier
On recueille par boisseaux ces atomes nuancés. L'ouvrier façonne en un instant, un vase, une urne, qu'à les voir vous diriez être l'œuvre de maintes journées ; des corbeilles sont remplies de globes étincelants ; l'intérieur du four qui vomit des gerbes de flammes, projette une teinte pourprée sur les murs enfumés.

Puis la promenade sur les lagunes qu'on fait pour y parvenir, le retour ; le bleu de la mer, le bleu du ciel, les jouissances paresseuses que procure la gondole, tout est divin. »
Valérie Gasparin - Voyage d'une ignorante 1835

La princesse Babiole rôde

Carafe en forme de bateau de Vivarini Hermonia en verre paillé, première moitié du XVIe, musée du verre de Murano à Venise
Carafe en forme de bateau
« La princesse Babiole rôde et circule par tout, insaisissable, au milieu d'un peuple de prestidigitateurs, sous un ciel prestigieux.

Elle est celle qui ne sait ni le bois, ni la pierre, ni les piliers, ni les voûtes, l'esprit des reflets, des dorures et des marbres, l'âme du verre et du fil.

Le moindre de ses gestes évoque une fête dans un futile objet, et si menu est partout son joli labeur qu'on en tremble et qu'on en sourit, tant elle s'y révèle éphémère, tant c'en est le charme de ne servir de rien. »
Adrien Mithouard - Les marches de l'Occident Venise 1910

Le verre : La vie du souffle humain

« Oui, vous êtes un Seguso ! dit Effrena qui l'examinait. Vos mains sont la preuve de votre noblesse.

Reliquaires et vases religieux au musée du verre de l'île de Murano à Venise
Reliquaires et vases religieux
Le verrier, avec un sourire, les regarda sur le dos et sur la paume.

- Léguez-les par votre testament au Musée de Murano, ainsi que votre canne à souffler.

- Si, perché i le meta in composta corne el cuor de Canova e le vissole padovane !
(“Oui, pour qu'on les mette en compote comme le coeur de Canova et les griottes de Padoue !”)

Le rire franc des travailleurs courut autour de l'autel et les coupes naissantes oscillèrent au bout des cannes, roses et bleuâtres comme les corymbes de l'hortensia qui commence à changer de couleur.

- Mais la preuve décisive, ce sera votre verre. Voyons-le. […]

Verres et calices du XVIIe siècle au musée du verre de Murano à Venise
Verres et calices du XVIIe siècle
Les ouvriers inclinaient vers lui leur visage, tout en exposant au feu les coupes fixées au bout des cannes, pour les empêcher de se refroidir.

Et les flammes, claires comme celles que donnent les feuilles crépitantes du laurier, ondoyaient de l'autre côté des parafeux, semblant tenir les hommes captifs par les outils de l'art.

[…] Le maître verrier, tenant la tige de la coupe entre le pouce et l'index, souriait devant l'actrice, le visage éclairé par cette chaude louange.

Coupe Nuptiale d'Angelo Barovier XVe siècle, au musée du verre de l'île de Murano à Venise
Coupe Nuptiale d'Angelo Barovier
Son air de subtilité et de sagacité faisait penser au petit renard d'or qui court sur la queue du coq dans les armoiries de Murano.

Ses paupières, rougies par les reflets violents, battaient sur son regard tourné vers l'œuvre fragile qui brillait encore dans sa main avant de partir ; et ses doigts caressants et toute son attitude révélaient la faculté héréditaire de sentir la difficile beauté des lignes simples et des fines colorations.

Flacon du XVIIe siècle avec des émaux polychromes, au musée du verre de l'île de Murano à Venise
Flacon du XVIIe siècle
Elle était comme une de ces fleurs miraculeuses qui éclosent sur des arbustes maigres et tordus, la coupe tenue par l'homme voûté qui en était le créateur.

Très belle, en vérité, cette coupe, et mystérieuse comme les choses naturelles, conservant dans sa concavité la vie du souffle humain, rivalisant par sa transparence avec les eaux et les cieux, pareille en sa frange violette aux méduses qui flottent sur les mers, simple, pure, sans autre ornement que cette frange marine, sans autres membres que son pied, sa tige et sa lèvre.

Et pourquoi elle était si belle, personne n'aurait pu le dire, ni en un mot ni en mille.

Et son prix était nul ou incalculable, selon la qualité de l'oeil qui la contemplait. »
Gabriele d'Annunzio - Le Feu

Jardins et Fleurs | Angelo Barovier Coupe Nuptiale


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