L'île de Burano, l'île aux dentelles

Burano, la petite Venise en couleurs
La Beauté des femmes de Burano
“De là, le bateau revient sur Burano où se trouve une vraie petite ville de beaucoup de cachet.Les hommes, tous pécheurs, jambes nues, figures bronzées, offrent des traits plus caractéristiques que ceux des Vénitiens, et les femmes, simples, vivant de peu, enfermées dans leur île qui les a préservées des croisements étrangers, ont conservé toute la finesse et la pureté de leur type.
On n'en rencontre pour ainsi dire pas de laides. Elles se coiffent d'un mouchoir rouge ou bleu dont elles font avancer un large pli en biais sur le front, coiffure qui avantage encore la beauté naturelle de leur visage.
Les petites filles, mises de même, ont des figures ravissantes ; quelques-unes sont très brunes, d'autres ont les cheveux cendrés et les yeux d'un bleu profond.

Burano, l'île des dentelles
Elles sont installées par groupes devant les portes, avec des corbeilles remplies de petites perles sur les genoux, dans lesquelles elles plongent machinalement, sans regarder, de flexibles faisceaux de fils de laiton sur lesquels les perles s'enfilent par centaines.
Elles sont gaies comme des fauvettes tout en chantant indéfiniment la même cantilène, d'accent mélancolique.
On visite à Burano l'importante fabrique de dentelles placée sous le patronage et la haute direction de S. M. la reine Marguerite.
Tous les passagers débarquent et la longue colonne, composée de plus de deux cents touristes de tous pays, s'engage dans les rues tortueuses de la ville.
Les habitants sont sur les portes et nous regardent “comme des bêtes curieuses”, bien que cette procession se renouvelle tous les jours pendant la saison.
On nous conduit aux ateliers où se fabrique le point de Burano, aussi estimé que celui de Venise, mais qui en diffère en ce sens qu'il n'a qu'un côté, tandis que le point de Venise est pareil sur ses deux faces.

Burano, un campanile qui penche !
Les ouvrières, toutes jeunes, la plupart jolies, ceintes de grands tabliers blancs, sont réunies dans une vaste salle parfaitement claire, aérée, d'une propreté remarquable.
Elles ont sur les genoux un gros coussin cylindrique sur lequel elles font la dentelle à l'aiguille, non sans dévisager les visiteuses anglaises qui paraissent provoquer particulièrement leur hilarité.
Deux jeunes religieuses aux figures angéliques, coiffées d'un curieux petit casque de crêpe noir qui affine et idéalise leurs traits, imposent silence aux rieuses avec tout le sérieux dont elles sont capables, mais ne paraissent pas réussir à se faire craindre beaucoup.
Les anglaises n'en braquent pas moins leurs Kodaks... roulement de déclics... la visite est terminée.”
Eugène Faugière - Italie Notes et Croquis 1905
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