L'île de Burano, l'île aux dentelles


Les mains de la Maestra Emma Vidal dentelière sur l'île de Burano
Les mains de la Maestra Emma Vidal

Un jardin de fil

« Toute blonde et rose, toute fraîche dans la lumière de son grand sourire qui s'épanchait comme une source inextinguible entre les pâles méandres des dentelles de Burano.

Elle avait à son côté cette Andriana Duodo qui, dans la petite île industrieuse, cultivait un jardin de fil où renaissaient merveilleusement des fleurs anciennes. »
Gabriele d'Annunzio - Le Feu

Les mains d'une femme adroite renferment dix fées,
logées sous dix feuilles de roses

« Là, l'île de Burano, dont les femmes du peuple, de simples pêcheuses, descendantes d'Arachné sans doute, transforment les pelotons et les écheveaux de fil en ces délicieuses guipures, qui ont tant de valeur et de réputation.

Et comme elles sont assez belles, ces simples pêcheuses, on peut leur adresser ce proverbe arabe, un peu exagéré comme toutes les maximes orientales : Les mains d'une femme adroite renferment dix fées, logées sous dix feuilles de roses. »
Noémie Dondel Du Faouëdic - Souvenirs 1875

détail du montage de la dentelle de Burano
Détail du “montage” de la dentelle de Burano
Certes, comme partout, la dentelle asiatique a aussi fait son apparition à Burano, mais si vous ouvrez les yeux (voir notre rubrique shopping en ce qui concerne la dentelle de Burano) vous saurez très facilement faire la différence entre les dentelles faites encore à la main et celles sortant des métiers à tisser industriels.

Par contre la qualité se paie car la dentelle au point en l'air demande énormément de temps.

« La dentelle à l'aiguille se fait en jetant d'abord quelques fils de bâtis sur un dessin piqué ou tracé sur papier ou sur parchemin ; ces premiers fils serviront de support ou de charpente pour rattacher les points de contours ou de remplissage qui constitueront la dentelle a l'aiguille.

Le travail de ces points a beaucoup d'analogie avec la broderie ; mais il s'en distingue en ce qu'il n'est pas fait sur un tissu de fond préalable. »
Émile Molinier - Venise ses arts décoratifs 1889

La Maestra Emma Vidal au travail, dentelière sur l'île de Burano à Venise
La dentellière et Maestra Emma Vidal au travail
Nombre d'écrivains ont décrit le travail des dentellières de Burano en insistant sur le fait qu'elles en perdaient la vue, bref que c'était quasiment inhumain.

Pourtant, si vous avez la chance de rencontrer comme nous la Maestra Emma Vidal à Burano, vous constaterez que ses yeux, qui ont créé les plus belles dentelles pendant des dizaines d'années, sont meilleurs que les vôtres, qu'elle ne porte pas de lunettes et qu'elle a pourtant plus de soixante dix ans.

Les arabesques de la fantaisie

« Burano où les doigts agiles des dentellières entrelacent les arabesques célèbres de la fantaisie vénitienne. »
Henri de Régnier - Récits vénitiens

Une industrie de Pénélope

« Burano, sise à huit kilomètres de Venise, était autrefois sans rivale pour la fabrication de la dentelle.

Qui ne connaît ces admirables points (ricami, baralï), les uns à réseau, les autres à festons, à carreaux, ou coupés, avec leurs reliefs délicats, leurs broderies pleines ou ajour, leurs dessins exquis et leurs fleurs fantastiques ?

L'ile de Burano authentique à Venise.Burano authentique - Agrandir Cette industrie de Pénélope, particulièrement encouragée par la dogaresse Dandolo Malipiero et par Morosina Morosini Grimani, fut longtemps le monopole des femmes de l'île.

Elle n'était pas, comme celle des verriers, constituée en société : chaque ricamatrice travaillait chez elle, sans dépendre de personne.

La religieuse, dans son couvent, employait également ses loisirs à cette fine besogne.

On sait que le fameux point de Venise fut, lui aussi, imité en France, après que Colbert eut fait venir tout exprès des ouvrières des lagunes.

Aujourd'hui même, l'école de dentelles de Burano, bien que fort déchue de son ancienne splendeur, continue d'être renommée en Europe.

L'île compte encore cinq milliers d'habitants; la population masculine s'y adonne à la pêche. »
Jules Gourdault - Venise et la Vénétie 1886

Page Précédente : l'île aux dentelles
Page Suivante : L'île des Couleurs



Retour en haut de la page