Canaletto, Débuts Vénitiens et une Célébrité Internationale comme Peintre de Vues, de Vedute


Exposition Canaletto à Venise, du 23 Février au 9 Juin 2019

Retour à Venise en 1720-1721

1720 est l’année du début officiel de la carrière de peintre de Canaletto, qui s’était inscrit au registre vénitien de la corporation des « peintres de la Fraglia ».

Canaletto, Le Grand Canal vu du Pont du Rialto vers la Ca' Foscari à Venise, bateliers Pescaria San Bartolomeo, Galerie Nationale Barberini à Rome
Bateliers Pescaria San Bartolomeo
Sa vocation de peintre de « Vedute » était à peine confirmée que le Vénitien amoureux de sa ville qu’il ressentait encore mieux que Rome, s’était rapidement mis au travail.

Mais à Venise, il n’était pas le seul peintre de vues de la Sérénissime.

Luca Carlevaris (ou Carlevarijs) et Marco Ricci étaient des peintres en vogue pour leurs paysages et leurs tableaux de perspective qui étaient alors exposés chez Girolamo Molin, un riche Vénitien.

C’est le subtil mélange des pierres et des hommes dans les tableaux de Canaletto qui fit la différence avec ceux de ses deux concurrents, rapidement éclipsés par le talent et le génie du jeune peintre d’à peine 23 ans.

Les Clients anglais de Canaletto

Canaletto, La Place Saint-Marc et les Procuraties vues depuis la Basilique, Galerie Nationale Barberini à Rome
La Place Saint-Marc et les Procuraties
Durant toute sa vie, le succès de Canaletto fut bien plus important auprès des étrangers, les Vénitiens étant moins sensibles, ou plus blasés, envers les beautés de leur propre ville.

En 1722, Owen McSwiney, un Irlandais commerçant d’art à Venise, avait remarqué le talent de Canaletto et avait réussi à l’intégrer dans un projet de caprice représentant le « tombeau allégorique de Lord Somers », une œuvre à réaliser pour le compte de Lord March, le futur second duc de Richmond.

C’est d’ailleurs dans une lettre de McSwiney à Lord March en 1722 que l’on trouve pour la première fois mentionné le surnom d’Antonio Canal : « Canaletto ».

Canaletto, Le Grand Canal vu du palais Balbi jusqu’au pont du Rialto, gondoles sur le Grand Canal, à la Ca' Rezzonico à Venise
Gondoles sur le Grand Canal
« Canaletto » était né et devenait son nom de peintre officiel pour tout le reste de sa carrière.

En 1725, Canaletto réalisait quatre vues de Venise qu’il livrait au peintre Véronais Alessandro Marchesini qui servait d’intermédiaire pour le compte de l’un de ses clients, Stefano Conti demeurant à Lucques, près de Pise.

En 1726, Canaletto recevait une commande importante de la part de Jacques Vincent Languet, le nouvel ambassadeur de France à Venise.

Joseph Smith, le tournant de la carrière de Canaletto

Joseph Smith, consul d’Angleterre à Venise et féru d’art, avait également remarqué le talent de Canaletto et passé un contrat avec lui, en vertu duquel il se chargeait de vendre ses tableaux aux Anglais.

Canaletto, Le Grand Canal vu du palais Balbi jusqu’au pont du Rialto, bateaux et palais du Grand Canal, à la Ca' Rezzonico à Venise
bateaux et palais du Grand Canal
Mais Smith n’agissait pas que par amour de l’art, Canaletto était pour lui une affaire particulièrement lucrative qui dura près de 20 ans.

Non seulement Il achetait à bas prix tous les tableaux de Canaletto au fur et à mesure de leur production, et en plus il lui avait fait signer un contrat en vertu duquel tous ses nouveaux tableaux lui seraient vendus en exclusivité !

Smith a ainsi fait de très gros bénéfices en revendant les tableaux à de riches Anglais à des prix sans commune mesure avec ceux payés à Canaletto.

Pour autant, même si Canaletto fut prisonnier de ce marché de dupe pendant plus de dix ans, sa réputation était faite en Angleterre, grâce à Joseph Smith.

Il était désormais devenu un peintre célèbre et très demandé, à tel point qu’il n’arrivait plus à produire assez pour répondre à toutes les commandes reçues par Smith, une bonne occasion pour ce dernier d’augmenter encore les prix !

Canaletto, La Place Saint-Marc et les Procuraties vues depuis la Basilique, Galerie Nationale Barberini à Rome
La Place Saint-Marc et les Procuraties
On s’arrachait ses toiles à Londres, des toiles souvent considérées comme « exotiques », achetées parfois par des Anglais qui n’avaient même jamais mis les pieds à Venise.

C’est aussi le même Joseph Smith qui augmentera encore le prestige de Canaletto en vendant, en 1762, sa propre collection des œuvres d’Antonio Canal au roi Georges III d’Angleterre : 49 peintures, 143 dessins et 46 esquisses.

Des œuvres qui font toujours partie des collections royales britanniques et sont conservées au château de Windsor.

Canaletto : trop cher !

La surenchère mise au point par Joseph Smith fit qu’en dehors des plus riches, plus personne n’était en mesure d’acheter un Canaletto.

Le Français Charles de Brosses en fut témoin :
« Pour le Canaletto, son métier est de peindre des vues de Venise : en ce genre, il surpasse tout ce qu’il y a jamais eu.

Sa manière est claire, vive, gaie, perspective et d’un détail admirable.

Les Anglais ont si bien gâté cet ouvrier, en lui offrant de ses tableaux trois fois plus qu’il n’en demande, qu’il n’est plus possible de faire marché avec lui. »
Charles de Brosses

Décors de Théâtre et Rome | Londres et Venise


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