Canaletto à Londres puis Retour à Venise


Exposition Canaletto à Venise, du 23 Février au 9 Juin 2019

Chute des commandes, Canaletto à Londres

Canaletto, La Place Saint-Marc et les Procuraties vues depuis la Basilique, Galerie Nationale Barberini à Rome
La Place Saint-Marc et les Procuraties
Mais tout n’a qu’un temps, et dès le début de 1740, les ventes de Canaletto commencèrent à baisser, en particulier celles en provenance des Anglais qui avaient alors des difficultés pour voyager du fait de la guerre de succession d’Autriche à la suite de la mort de l’empereur Charles VI.

Canaletto ayant de moins en moins de commandes et sans doute lassé de se faire exploiter par Smith, décide de partir à Londres pour y trouver par lui-même de nouveaux clients.

Contre Smith et grâce à Smith, puisque Canaletto arrivait à Londres avec des lettres de recommandation du même Smith !

Canaletto séjourna à Londres de 1746 à 1755, mais ce fut loin d’être une réussite, il en repartira déçu, tout comme le furent beaucoup d’Anglais quant à ses « Vedute » anglaises.

Canaletto, La Place Saint-Marc et les Procuraties vues depuis la Basilique, les étals sur la Place Saint-Marc, Galerie Nationale Barberini à Rome
Les étals sur la Place Saint-Marc
En arrivant à Londres, Canaletto fut d’abord confronté à de nombreux faux tableaux signés de son nom, une preuve de son succès qui, par la suite, lui réserverait une déconvenue inattendue.

Canaletto commit l’erreur de peindre la ville de Londres avec son œil de Vénitien. Une ville qu’il ne connaissait pas, une ville si différente de la sienne.

Or la clientèle anglaise était autant attachée au talent de Canaletto qu’à son sujet : Venise.

Si l’on sent tout l’amour de Canaletto pour Venise dans ses tableaux, la manière dont il peint Londres à ses débuts anglais est beaucoup plus froide.

La technique est peut-être parfaite, mais l’étincelle du génie est inexistante, la vie n’y est pas, ce ne sont plus que de bonnes « photos » figées.

Canaletto, La Vue du Rio dei Mendicanti, la Fondamenta dei Mendicanti, à la Ca' Rezzonico à Venise
La Fondamenta dei Mendicanti
À la décharge de Canaletto, comment retrouver la lumière, les reflets du Grand Canal de Venise dans les eaux de la Tamise ?

Résultat, les Anglais furent déçus par les premières œuvres londoniennes de Canaletto, et certains s’étaient même mis à douter de son identité.

Des commentaires très négatifs commencèrent alors à courir les rues de Londres : « Cet homme qui se prétend Canaletto n’est qu’un imposteur ! »

Piqué au vif, Canaletto réagit avec orgueil à cette insulte et se vit obligé de faire paraître une annonce invitant les personnes compétentes artistiquement à se rendre dans la maison de Monsieur Riccardo Wiggan à Silver Street, où il logeait alors, pour voir sa dernière œuvre qui représentait une vue du parc Saint-Jacques.

Canaletto, La Vue du Rio dei Mendicanti, le Squero dei Mendicanti, à la Ca' Rezzonico à Venise
Le Squero dei Mendicanti
Une saine réaction de sa part, puisqu’à la suite de cette annonce-invitation, les accusations d’imposture cessèrent.

Canaletto trouva pendant ces années suffisamment d’acheteurs pour ses vues de Londres et de l’Angleterre pour pouvoir y vivre, mais sans plus.

Sa santé supportait mal les brouillards glacés londoniens tandis que le mal du pays le prenait.

Il retourna donc à Venise en 1755, pour ne plus la quitter jusqu’à sa mort en 1768.

Canaletto de retour à Venise

Ces dix ans passés loin de Venise furent sans doute une erreur.

Canaletto, La Vue du Rio dei Mendicanti, le linge sur les toits dei Mendicanti, à la Ca' Rezzonico à Venise
Le linge sur les toits dei Mendicanti
D’après certains critiques, même si son séjour londonien lui a permis d’affiner, de compléter sa palette, sa technique, ses œuvres ne seront plus jamais du même niveau après son retour à Venise.

Et de fait, les commandes semblent également être moins nombreuses.

Mais la faute n’est peut-être pas due uniquement à Canaletto, car la mode des tableaux de vues était en train de passer à cette époque et d’autres peintres avaient commencé à prendre sa place durant sa longue absence.

Canaletto, La Piazzetta avec la Basilique Saint-Marc et la Bibliothèque Marciana, Galerie Nationale Barberini à Rome
Canaletto, Piazzetta San Marco
L’âge d’or de Canaletto était passé, il avait vieilli aussi, et même si, sur un dessin de l’intérieur de la Basilique Saint-Marc de 1766, Canaletto écrivait fièrement : « exécuté sans lunettes », ledit dessin, certes minutieux, reflète déjà trop le maniérisme de ses dernières années de peintre.

Deux ans plus tard, après cinq jours de fièvre, le 19 avril 1768 à sept heures, Canaletto s’éteignait à l’âge de 70 ans dans sa maison de la Calle de la Malvasia dans le Castello à Venise, au numéro 5485.

Une rue qui se trouve entre la Salizada San Lio (en empruntant le Sotoportego qui débouche sur la Corte Perina) et le pont de la Malvasia.

On n’a par contre pas retrouvé sa tombe.

La Célébrité | Camera Oscura


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