Sala della Musica dell’Ospedaletto à Venise


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Ospedaletto Derelitti Salle de la Musique
La salle de musique de l’Ospedaletto (qui fait partie aujourd’hui de la maison de repos des Santi Giovanni e Paolo) fut construite en 1776-77, à l’époque où cet hôpital faisait fonction d’orphelinat.

On y recueillait tous les enfants abandonnés âgés de quelques jours à 12 ans, et on les instruisait.

En dehors des heures de classe, les garçons apprenaient la menuiserie et les filles apprenaient le chant ; les plus douées donnaient des concerts, les autres participaient aux tâches ménagères de l’hôpital et apprenaient à tenir une maison.

Jusqu’au XVIIIe siècle, les jeunes orphelines chantaient dans l’église et les paroissiens qui appréciaient fort leurs talents se montraient généreux envers l’Ospedaletto.

Malheureusement la crise économique limita considérablement le nombre de donateurs et on décida alors de limiter le nombre des auditeurs aux seuls bienfaiteurs de l’Ospedaletto.

C’est ainsi que la salle de musique où l’on donnait des concerts de musique de chambre était réservée à ceux qui avaient les moyens de payer, ainsi qu’aux hôtes de marque de la Sérénissime venus en visite solennelle.

Elle servait également à l’enseignement musical donné par d’excellents maîtres des XVIIe et XVIIIe siècles tels que Giovanni Legrenzi, Nicolo Porpora, Tommaso Traetta, Antonio Sacchini, Domenico Cimarosa.

L’un d’eux, Pasquale Anfossi, est représenté dans la fresque du fond derrière deux jeunes filles qui chantent aux pieds d’un Apollon à l’air fripon qui mène joyeusement toutes ces demoiselles à la baguette.

Jacopo Guarana Concerto des filles du choeur Ospedaletto Venise salle de la musique
Jacopo Guarana Concerto des filles du choeur Ospedaletto
Les fresques sont de Jacopo Guarana dont l’œuvre est complétée, comme cela se faisait souvent à l’époque, par une scénographie en trompe-l’œil d’Agostino Mengozzi Colonna qui a laissé sa signature sur la fresque du fond en donnant l’impression que deux des jeunes pensionnaires de l’Ospedaletto se penchent avec curiosité pour mieux observer les visiteurs…

C’est peut-être ce qu’elles faisaient derrière les grilles et les rideaux qui les dissimulaient à la vue des visiteurs qui auraient bien aimé voir si ces jeunes filles étaient aussi belles que leurs voix !

Elles étaient à l’étage supérieur, dans une petite salle qui ne pouvait recevoir qu’une dizaine de chanteuses accompagnées de trois ou quatre musiciens : un petit grenier sans confort, qui contrastait avec la salle d’audition dont le plafond représente le triomphe de la musique (Trionfo della Musica), était pourtant l’unique source de toute cette beauté.

Un anglais, Charles Burney nous a laissé un témoignage d'un concert à l'église Santa Maria dei Derelitti (six ans avant que ne soit construite la salle de musique elle-même).

Celle qu'il avait le plus admiré ce soir là était Francesca Adriana Grabrieli, dite "La Ferrarese".

Voici le récit de Charles Burney lors de sa visite à l'Ospedaletto du 14 Août 1770 :

« On jouait un oratorio en Latin, le Macchabæorum Mater ; la musique était de Sacchini; il y avait six chanteuses, le rôle de première chanteuse était tenu par Francesca Gabrieli.

L'oratorio était divisé en deux parties : la première était déjà terminée lorsque j'arrivais, ce que je regrettais, car ce qui restait m'a totalement ravi et ce tant au niveau de la composition, qui était excellente, que du chant d'un mérite infini.

Lorsque j'entrai dans l'église, la Ferrarese exécutait admirablement le récitatif d'une façon unique ; il se terminait par un morceau de bravoure, avec une seconde partie pathétique dans le style des oratorio de Jomelli, mais très éloigné de celui de ses airs ; il y avait également un récitatif assez lent chanté par Laura Conti, qui ne possédait pas une voix très puissante ; plus une voix d'opéra de chambre ; mais son expression d'un goût exquis m'a charmé.

[...] Les chants que j'avais entendus à l'hôpital ce soir là, tout comme ceux des Incurabili, j'en suis certain, auraient été fortement applaudis dans le plus grand des opéras d'Europe. »
Charles Burney - Present State of Music in France and Italy 1773

La Ferrarese fit une carrière internationale et chanta les oeuvres des plus grands musiciens de l'époque tels que Salieri et Mozart.

Elle fut également, à Vienne, la maîtresse de Lorenzo Da Ponte, le fameux librettiste de Mozart, qu'elle quittera sans regret lorsque celui-ci tomba en disgrâce auprès la mort de Joseph II.

Un seul regret dans cette visite assez émouvante : on n’entend aucune musique qui nous ferait apprécier les qualités acoustiques de la Sala della Musica !!!

On peut visiter la salle de la musique de l'Ospedaletto.

Il faut réserver pour des groupes et l'entrée se monte à 60 € pour le groupe. Si vous y allez seul, le prix est le même. Il faut de plus réserver bien en avance pour être sûr de pouvoir le visiter.

Ospedaletto - Salle de la Musique

6691, Barbaria de le Tole - Castello
Téléphone : +39 041 532 29 20 et 041 27.19.012
Bureaux ouverts du Lundi au Vendredi de 9h00 à 18h00 - Samedi : de 9h00 à 14h00
email : info@scalabovolo.org


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