Albert Mérat Venise

Les Chevaux de Saint-Marc

Les chevaux du quadrige de Saint-Marc par Lysippe de Sicyone, basilique Saint-Marc à Venise
Les chevaux de Saint-Marc
« Nous prîmes ce trésor, ne pouvant faire mieux
Ou pis : les peuples forts frappent les peuples vieux
Le droit malaisément triomphe de la force.

La terre eût dû garder la Vénus au beau torse,
Ou plutôt il fallait laisser sous ce doux ciel
Les déesses de marbre à leur rêve éternel.

La gloire ne serait par nulle autre effacée
De qui respecterait l'art, fleur de la pensée.

On ne doit pas ravir à Rome ses Vénus,
Aux églises leurs Christs, leurs petits enfants nus
Qui font dans les tableaux l'alliance mystique ;
Ni, du droit des vaisseaux fermant l'Adriatique,
à Venise qui souffre et qui respire encor,
Ses quatre chevaux grecs, aux flancs d'airain et d'or.

Après avoir, au sein de nos ciels monotones,
Subi pendant quinze ans la honte des automnes,
Ils revinrent. Saint-Marc, de ses blancs chapiteaux,
A ses chevaux enfin refit des piédestaux,
Fier de restituer à leur splendeur antique
Sa chaude beauté, cadre aussi grand qu'un portique.

A présent, le quadrige épique aux pieds d'airain,
Soufflant à pleins naseaux, n'a, parmi l'air serein,
Que la paix du soleil qui se lève ou se couche,
Dans l'azur qui sourit et n'est jamais farouche,
Et qui fait les vieux murs roses comme des chairs.

Les beaux Jours d'Orient, balsamiques et clairs,
Sont sur eux; et le vent qui laisse l'onde unie
Leur raconte en chantant des choses d'Ionie,
Dans le temps qu'Aspasie encourageait les arts
Et qu'ils frappaient le sol attelés à des chars. »
Albert Mérat - Les Villes de Marbre 1869

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