Le Palais Pisani à Santo Stefano

Une des façaces du Palais Pisani donnant
sur le rio del Santissimo
Nous traversons d'abord une cour ayant une citerne au milieu et à l'entour une galerie ornée de tous les bustes des Pisani ; jeunes femmes au regard coquet et à la mine souriante, guerriers et magistrats hautains et graves ; puis une seconde cour ornée de statues médiocres, formant une grandiose décoration ; enfin un péristyle à colonnes qui donne sur une ruelle aboutissant au grand canal.

Sculpture d'une fenêtre serlianne
Je monte, à gauche, un magnifique escalier où les statues foisonnent ; quelques-unes ont perdu un bras, d'autres le nez ; les amours qui folâtraient au mur ont leur tête ou leurs ailes brisées ; toutes ces figures grises ou poudreuses semblent se regarder piteusement entre elles, humiliées de la destruction et du silence qui les entourent.
J'arrive à une galerie suspendue, qui circule autour de l'immense salle de bal où s'assit Napoléon ; je considère un moment les fresques mythologiques du plafond ; puis je sonne à une petite porte au bout de la galerie à gauche : “Voilà, me dit le portier, le logement du photographe.” Et il me quitta aussitôt.
Une jeune fille accorte, aux grands yeux noirs, vient m'ouvrir ; je lui explique le but de ma visite relie me répond que son oncle me donnera avec plaisir les renseignements que je désire.

Sculptures du Palais Pisani
Je le suis ; nous franchissons une seconde galerie, qui circule au-dessus de l'autre, autour de la même salle de bal ; nous trouvons au fond une jolie terrasse à couvert, ornée de fleurs et de rocailles.
Nous passons par une porte à gauche, et sommes introduits auprès de M. Nerly, vrai type allemand, blond, affable et doux.
Peintre d'un talent sérieux et recueilli, M. Nerly habite Venise depuis vingt ans ; il s'y est marié, et est devenu beaucoup plus Italien qu'Allemand ; il me reçoit dans son atelier, la palette à la main, et travaillant à une grande toile.

Sculpture du portail latéral droit
donnant sur le Campo Pisani
Le frère de Léopold Robert, averti un matin par une vieille femme italienne, qui servait le peintre, que Léopold Robert n'avait point appelé, selon sa coutume, et ne lui répondait point, se précipita dans le couloir, força la porte de l'atelier, et trouva son pauvre frère assis sur une malle, la gorge ouverte.
Le sang ruisselait à flots autour de lui ; il avait eu le soin singulier d'essuyer ses rasoirs et de les remettre dans leur étui.
Il fit un dernier signe à son frère, comme pour lui dire que tout secours était inutile, puis il expira.”
Louise Colet - L'Italie des italiens 1862
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