Le Bacchus de Michel-Ange au Bargello à Florence - Page 2

Les Photos du Bacchus de Michel-Ange

Bacchus l’Ubriacone, Bacchus le Poivrot

Le disciple et ami de Michel-Ange, Ascanio Condivi avait parfaitement vu le naturel qui fait tout le charme et l’originalité de cette statue :

Michel-Ange Buonarroti, Bacchus, 1496-1497, Musée du Bargello à Florence Italie
Michel-Ange, Bacchus
« Bacchus a la tête couronnée de feuilles de vigne, le visage gai, le regard lascif et oblique de ceux qui abusent de la boisson dont il fut l’inventeur, il regarde la coupe qu’il tient dans sa main droite, tandis que sa main gauche laisse pendre une peau de tigre et une grappe de raisin qu’un petit faune malicieux s’apprête à dévorer joyeusement. »
Ascanio Condivi

Les fauves et les faunes étaient les habituels compagnons de Bacchus, ils symbolisaient les instincts animaux libérés par l’ivresse.

Michel-Ange connaissait « Les Métamorphoses » d’Ovide qui évoquent Bacchus et son incroyable cortège :

« À ta suite marchent les bacchantes, les satyres et le vieillard aviné dont une tige de férule soutient les membres titubants et qui a peine à se tenir sur le dos voûté de son âne. »
Ovide, Les Métamorphoses

Bacchus, c’est le dieu de la fête et des plaisirs :

Michel-Ange Buonarroti, Bacchus, 1496-1497, Musée du Bargello à Florence Italie
Michel-Ange, Bacchus
« Les servantes et leurs maîtresses devaient suspendre leurs travaux, couvrir leur sein d’une peau de bête, dénouer les bandelettes de leurs chevelures, porter sur leur tête une couronne, dans leur main un thyrse orné de feuillage.

Partout où tu vas retentissent les cris des jeunes gens, les voix des femmes, les tambourins qu’on frappe de la paume, les bronzes concaves et les flûtes de buis à long tuyau. »

Bacchus incarne une jeunesse inépuisable, c’est « l’enfant éternel, l’être le plus beau qui attire les regards dans les hauteurs des cieux »
Ovide, Les Métamorphoses IV

Le roi Penthée s’opposait au culte de Bacchus, car il pensait que le vin et les excès des bacchanales étaient néfastes pour les hommes de sa Cité :
« Enfants du dragon, fils de Mars, quel délire a frappé vos esprits ?

Michel-Ange Buonarroti, Bacchus, 1496-1497, Musée du Bargello à Florence Italie
Michel-Ange, Bacchus
Le bronze choqué par le bronze, la flûte au pavillon recourbé et les sortilèges de la magie ont-ils tant de pouvoir que des hommes courageux se laissent vaincre par des cris de femmes, par la folie qu’excite le vin, par des troupeaux d’êtres obscènes et par des tambourins aux flancs creux ? [...]

Thèbes va être prise par un faible enfant sans goût pour la guerre, les armes et les coursiers, et qui n’aime que la myrrhe dont il arrose ses cheveux, les couronnes, parures de la mollesse, la pourpre, les vêtements éclatants et brochés d’or. »
Ovide, Les Métamorphoses III

Michel-Ange Buonarroti, Bacchus, 1496-1497, Musée du Bargello à Florence Italie
Michel-Ange, Bacchus
Cet aspect de la personnalité de Bacchus n’avait pas échappé au génie de Michel-Ange, comme l’a si bien dit Vasari :

« Dans cette figure, on reconnaît que Michel-Ange a cherché à rendre une certaine union des deux sexes, en lui donnant la sveltesse d’un jeune homme et la rondeur charnue des formes de la femme, chose admirable, et qui montra qu’il était définitivement supérieur en sculpture à tous les maîtres modernes qui avaient travaillé jusqu’alors. »
Gorgio Vasari « Vies des Artistes » - 1550

Le Cardinal Riario n’avait pas su apprécier la douceur et la sensualité de cette œuvre parfaitement conforme au célèbre amateur de vin.

Ce n’est pas le cas des Italiens, qui sourient en admirant le Bacchus de Michel-Ange qu’ils ont surnommé « l’Ubriacone » (le poivrot).

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