La Regata Storica de Venise vue par Henry Havard en 1876

Regata Storica Venise, la régate des Gondolini
Régate des Gondolini
« Le plus important et le plus curieux de ces spectacles était incontestablement cette course nautique qu'on nommait la regata.

C'était, à proprement parler, les jeux Olympiques de la nation.

La population l'attendait chaque année avec une impatience mal contenue et s'y associait avec un véritable enthousiasme et une passion extrême.

Les gondoliers qui devaient prendre part à la joute s'y préparaient longtemps à l'avance.

La famille, les parents, les amis du jouteur l'excitaient à bien faire et faisaient dire des messes, ou ornaient de fleurs les images des saints en crédit.

Regata Storica Venise, la régate des Gondolini
Régate des Gondolini
Souvent une jeune fille, courtisée par deux ou trois gondoliers, attendait le lendemain de la regata pour se décider et faire son choix.

Quant au vainqueur, le prix qu'il remportait devenait pour lui un glorieux trophée.

Il le suspendait aux murs de sa pauvre demeure, et ne s'en montrait guère moins fier que les patriciens de leurs blasons.

Le jour de la regata, dès le matin, le Grand Canal se peuplait de gondoles, de bateaux, de péottes, tous richement décorés, couverts de dorures, avec des traînes de velours, et chargés de spectateurs en habits de gala.

Regata Storica Venise, Cortège historique et sportif
Cortège historique et sportif
Tout le long du canal, les palais de marbre égayaient leurs blanches façades avec des banderoles, des écussons et de superbes tentures.

Les fenêtres se garnissaient de joyeux visages.

Les quais, les terrasses, les balustrades, jusqu'aux toits, étaient envahis par la foule des curieux, et des orchestres, placés sur des bateaux ornés de tapis et de fleurs, dispersaient au milieu des Lagunes leurs douces et pénétrantes harmonies.

C'était un spectacle féerique, sans pareil au monde.

Tout à coup les jouteurs paraissaient.

Regata Storica Venise, Cortège historique
Cortège historique
On les voyait partir de Castello, longer le quai des Esclavons, entrer dans le Grand Canal qu'ils parcouraient jusqu'à l'église du Corpus Domini.

Là, au milieu de l'eau, se dressait un pieu énorme bariolé de couleurs voyantes et coiffé de la corne dogale.

Il fallait en faire le tour, manœuvre importante qui décidait le plus souvent de la victoire, puis remonter le Grand Canal jusqu'au palais Foscari, où se trouvait un vaste bateau portant une haute machine, arc de triomphe, temple ou forteresse.

C'est là que le vainqueur recevait son prix.

Ces prix consistaient en une somme d'argent et une petite bannière. Le dernier n'était que de six ducats. On y ajoutait un petit cochon de lait.

Regata Storica Venise, les bandiere, les bannières remises aux premiers arrivés
Les bannières remises aux premiers arrivés
C'est de cette adjonction maligne que venait cette épithète de “dernier prix de la régate” que, dans leurs querelles, les gondoliers se renvoyaient entre eux.

Non seulement le vainqueur voyait ses amis et sa famille s'associer à son triomphe, mais aussi tout son parti.

Qu'il fût Castellani ou Nicolotti il était sûr d'être reconduit chez lui par un brillant et bruyant cortège. »
Henry Havard - Amsterdam et Venise 1876

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