Le Tabarro – La Cape vénitienne à Venise


Daniela à Venise avec son Tabarro de chez Zara
Daniela à Venise avec son Tabarro de chez Zara
Le Tabarro est une longue cape noire dans laquelle on peut se draper pour se protéger au mieux du vent, du froid et de la pluie.

Ses origines remontent aux Grecs, aux Étrusques et aux Romains : La toge par exemple.

En Italie, et particulièrement dans la région de Venise, le tabarro avait sa place dans toutes les couches de la société : il était autant porté par les paysans et les marchands que par les nobles et les princes.

D’ailleurs, lors de leur voyage à Venise en 1782, le fils de l’Impératrice de Russie, Catherine II la Grande, avait revêtu le tabarro pour le grand plaisir des vénitiens :

« Le même peuple ne cessait d'applaudir a l'honneur que le Comte du Nord semblait lui faire, ayant lui-même endossé le Tabarro.

J'ai vu moi-même des bonnes gens se montrer ce Prince les uns aux autres, en disant : le voila , le voilà ; il est fait comme un Vénitien , il porte un Tabarro ; il est bon , il est humain sans doute , car il a endossé le Tabarro. »
Comtesse des Ursins et Rosenberg - Du Séjour des Comtes du Nord à Venise – 1782

Tout en étant simple et pratique, le tabarro était cependant un signe extérieur d’appartenance sociale : la différence ne se trouvait pas seulement dans la qualité et la beauté du tissu dans lequel il était taillé, mais aussi dans la finition et les accessoires.

Le col pouvait être en laine, en velours ou en astrakan.

Les crochets et les broches de fermeture pouvaient être en argent ciselé, ou être remplacés par de magnifiques cordons de velours pour les dames.

Enfin, la doublure constituait un autre signe d’appartenance sociale : de couleur bleue pour les “politiques” et de couleur rouge pour les “religieux”.

Daniela en Tabarro sur le ponte dei Pugni dans le Dorsoduro
Daniela en Tabarro sur le ponte dei Pugni dans le Dorsoduro
Et le choix du chapeau n’était pas non plus anodin car il complétait la tenue pour une touche par une touche personnelle.

Le tabaro ou tabarro est d’ailleurs entré dans le langage courant vénitien et lorsque l’on dit ici “avoir un bon tabarro” cela signifie “avoir de la chance”.

à Venise, le tabarro d’origine s’est aussi transformé en “domino”, un tabarro avec un grand capuchon sous lequel les dames pouvaient mieux se dissimuler pendant leurs déplacements à travers ponts et calli.

Ainsi en usaient les Vénitiennes qui se rendaient à leurs rendez-vous galants, et les patriciens dont les fréquentations pouvaient déplaire au Conseil des Dix.

C’est ainsi que ces silhouettes élégantes et discrètes parcouraient les calli de Venise, bien protégées par leurs tabarro qui leur garantissait l’anonymat le plus complet en période de carnaval lorsqu’il était porté avec le tricorne et la bauta (le masque blanc). Les Tabarri couvraient ainsi les corps et… les secrets.

En voici un témoignage, datant de 1779 :

Daniela en tabarro Campiello Cappello
Daniela en tabarro Campiello Cappello
« Ce Carnaval, dont on parle tant, et qui ne finit pas, puisque dès les premiers jours d’Octobre on va au spectacle en masque […]

II consiste â porter un manteau noir, ou Tabaro, une bahute, ou domino de même couleur, qui n'enveloppe que la tête et les épaules, un chapeau uni ou à-plumet, et un masque blanc sur le visage, ou dans la corne de son chapeau. »
Abbé Delaporte - Le Voyageur Français - 1779

Ce signe de prestige et de puissance que fut la longue cape de l’habit de cérémonie a pu s’adapter à tous les styles de vie.

Les moines et les marchands, les nobles et les paysans et même les brigands !

« Les hommes sont habillés comme nous et ils portent seulement un manteau, le Tabaro, qui est ordinairement de camelot rouge ou gris, comme nos anciens manteaux à la Française. »
Jérôme de La Lande - Voyage d’un Français fait en Italie – 1765

Tous ont porté le tabarro au fil du temps, jusqu’aux cyclistes du XXe siècle qui ressemblaient ainsi à de grands oiseaux noirs volant en rase-motte.

Quelques années après la seconde guerre mondiale, on délaissa le tabarro, tout comme les vêtements traditionnels des pêcheurs de la lagune de Venise ou ceux des paysans.

Si bien qu’on finit par les oublier complètement.

Heureusement, il y avait à Mirano (une ville située sur la terre ferme à l’ouest de Mestre), au début des années 1980, un passionné de l’histoire du costume de son pays, Monsieur Zara, avide de renseignements concernant la coupe et les tissus des vêtements traditionnels.

Monsieur Zara, était de plus un entrepreneur passionné qui voulait maintenir la qualité du savoir-faire de cette mode vénitienne en relançant le tabarro traditionnel sur le marché.

Malheureusement les tabarri avaient disparu de la circulation.

Pour pouvoir récupérer les différents types de tabarri qui pouvaient encore traîner dans les greniers, Monsieur Zara eut la brillante idée de lancer un appel plutôt alléchant aux vénitiens :

« Apportez-moi un vieux tabarro, et je vous l’échange contre une veste neuve ! »

Succès assuré : Monsieur Zara se retrouva avec toutes sortes de tabarri, taillés dans différents tissus imperméables, autant de modèles que de précieux échantillons de tissus que l’on ne fabriquait plus.

Daniela en Tabarro Fondamenta del Forner
Daniela en Tabarro Fondamenta del Forner
Quant aux tabarri eux-mêmes, si leur longueur pouvait varier, la coupe était toujours la même : la roue.

La roue du tabarro peut être fournie par deux demi-cercles de tissus cousus ensemble au niveau du dos pour le Çentesimi (le modèle populaire), ou de quatre pièces de tissu en quart de cercle pour le Mercante Padano (marchand) avec un col en Astrakan.

Le tabarro est une cape qui tombe en longs plis le long des épaules grâce à l’amplitude de sa coupe et au poids de son tissu, plus ou moins épais et plus ou moins lustré et doux au toucher, selon les modèles.

Et lorsque l’on veut mieux se protéger du vent, il suffit de se draper dans son tabarro en “faisant” la roue : on prend un pan dans une main pour le lancer sur l’épaule opposée, comme on le faisait pour la toge.

à Venise on peut acheter les tabarri de la Maison Zara chez Nicola Grillo, au Magasin Store. Comptez 600 à 800 €, selon la qualité du tabarro.

Le magasin Store est situé au 4260B, Rio Terra San Paternian dans le Sestier de San Marco à Venise, entre le Campo San Luca et le Campo Manin.

Plan de Situation du Magasin Store à Venise

Le Magasin Store est ouvert :
du Lundi au Samedi, de 9h30 à 13h00 et de 16h00 à 20h00.
Téléphone : +39 041 523 84 57

Vous pouvez également acheter des tabarri de la marque concurrente “San Marco” chez :
Monica Daniele
Calle Scaleter 2199
San Polo - 30125 Venezia
Téléphone : + 39 041 524 62 42

D'autres photos de Tabarri dans notre rubrique photo du jour à l'occasion du
“Gran Liston con Tabarro ” à Venise


Retour en haut de la page