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La Sculpture du « Laocoon » au Musée du Vatican à Rome


Agésandre, Polydore et Athénodore « Laocoon et ses fils »

Sculpture en marbre de Paros (2,42m × 1,60m) 40-30 avant J.-C

Le Groupe du Laocoon et ses fils au Musée Pio Clementino du Vatican à Rome
Laocoon et ses fils
Cette sculpture en marbre de Paros représente la mort tragique de Laocoon luttant de toutes ses forces pour se dégager de l’étau qui l’enserre avec ses fils, inexorablement, de plus en plus fort, avant de subir la morsure mortelle.

Selon les experts, cette œuvre serait une copie d’un original grec en bronze de l’époque hellénistique attribué à l’école de Pergame (en Asie Mineure).

Elle a été découverte le 14 janvier 1506 sur le site riche en vestiges de l’antiquité romaine de la colline de l’Esquilin à Rome, avec pour témoins deux grands artistes de la Renaissance : Giuliano da Sangallo, et Michel-Ange qui l’avait jugée exceptionnelle.

Au premier siècle de notre ère, Pline l’Ancien visitait le palais de l’empereur Titus à Rome, où il avait remarqué une magnifique sculpture de Laocoon et citait les noms des artistes grecs qui l’avaient réalisée :

« …tel est le Laocoon, dans le palais de Titus, morceau préférable à toutes les productions soit de la peinture, soit de la statuaire ; Il est d’un seul bloc, ainsi que les enfants et les replis admirables des serpents.

Le Groupe du Laocoon et ses fils au Musée Pio Clementino du Vatican à Rome
Laocoon et ses fils
Ce groupe a été fait de concert par trois excellents artistes, Agésandre, Polydore et Athénodore, rhodiens. »
Pline L’Ancien, Histoires Naturelles, 2, 36.

Giuliano da Sangallo, qui connaissait le passage de Pline, avait aussitôt fait le rapprochement et pensait qu’il s’agissait de la même sculpture, sans que l’on puisse savoir s’il s’agissait d’un original ou d’une copie d’une œuvre plus ancienne.

Et Michel-Ange avait remarqué qu’elle n’était pas en un seul bloc comme le croyait Pline, mais en quatre morceaux si bien réunis que seuls des yeux d’experts pouvaient s’en rendre compte.

Laocoon, figure du héros tragique assailli par une force monstrueuse

Le corps athlétique de Laocoon entre ses deux fils est celui d’un homme qui lutte désespérément contre la fatalité d’une mort injuste et cruelle pour lui et pour ses enfants innocents.

Le Groupe du Laocoon et ses fils au Musée Pio Clementino du Vatican à Rome
Laocoon et ses fils
L’un des deux serpents a littéralement soulevé de terre et planté ses crocs dans le flanc du plus jeune déjà en train d’agoniser, la tête rejetée en arrière, pendant que son père lutte désespérément pour ne pas subir le même sort.

L’inclinaison de la tête et du corps de Laocoon allant dans le même sens que celle de son plus jeune fils montre qu’ils sont emportés dans le même mouvement vers la mort.

Laocoon a les jambes pratiquement ligotées à celles de ses fils, ses muscles gonflés et tendus à l’extrême montrent qu’il est à la limite de ses forces et qu’il ne pourra jamais se libérer de l’étau infernal du second serpent prêt à lui mordre le flanc.

Le Groupe du Laocoon et ses fils au Musée Pio Clementino du Vatican à Rome
Laocoon et ses fils
Tout cela sous le regard épouvanté du second fils, témoin impuissant de la mort tragique de son père, le serpent l’emprisonne déjà par les jambes et bloque son bras pour l’empêcher de fuir.

Les serpents s’enroulent et se nouent autour des membres en un réseau complexe qui relie et emprisonne les trois corps condamnés à une mort certaine.

En occupant horizontalement la partie inférieure de l’ensemble de la statue, les nœuds puissants des reptiles soulignent la beauté gestuelle des corps humains encore debout.

Au sommet du groupe, le visage de Laocoon exprime la souffrance et la douleur d’un homme vaincu par le mal qui l’assaille.

C’est le visage du héros à l’instant culminant de sa mort tragique qui présageait la chute de Troie.

Laocoon et le cheval de Troie.

Le Groupe du Laocoon et ses fils au Musée Pio Clementino du Vatican à Rome
Laocoon et ses fils
La mort de Laocoon est un épisode crucial de la célèbre Guerre de Troie racontée par Homère dans l’Illiade.

Après de longues années de combat devant les remparts de Troie sans vainqueurs ni vaincus, les Grecs avaient fini par se lasser et voulaient rentrer chez eux.

Sur les conseils d’Ulysse, ils firent semblant de quitter les lieux à bord de leurs bateaux en laissant sur place un magnifique cadeau apparemment destiné à Neptune, le dieu des mers : un grand cheval de bois où se cachaient des guerriers en armes.

Les Troyens crurent naïvement que la guerre était finie et voulurent introduire le cheval dans leur ville, mais le prêtre Laocoon s’y était opposé en lançant son javelot dans les flancs du cheval, et en s’écriant pour les mettre en garde :

« Je crains les Grecs, même quand ils font des offrandes ! »

Le Groupe du Laocoon et ses fils au Musée Pio Clementino du Vatican à Rome
Laocoon et ses fils
La ruse des Grecs n’aurait pas fonctionné sans l’intervention d’un dieu favorable à leur victoire : du fond des mers, Neptune envoya deux serpents monstrueux qui étreignirent et tuèrent Laocoon et ses deux fils.

Un message divin, et donc un signe positif pour les Troyens qui désiraient introduire le cheval dans leurs murs et célébrer la fin de cette longue guerre, ce qu’ils firent sans tarder, loin d’imaginer que, la nuit venue, les guerriers cachés à l’intérieur sortiraient en silence pour ouvrir les portes à l’armée grecque revenue sur place.

Surpris dans leur sommeil, la plupart des Troyens furent massacrés et leur ville entièrement brûlée. Seuls le prince Enée et sa petite troupe (après avoir tenté vainement de résister) avaient réussi à fuir Troie en flammes avec leurs familles et à s’embarquer pour un long voyage vers l’Italie.

L’Italie, où les descendants d’Enée Rémus et Romulus purent fonder une nouvelle Troie qui s’appelle Rome.

Laocoon et les Romains

Le Groupe du Laocoon et ses fils au Musée Pio Clementino du Vatican à Rome
Laocoon et ses fils
Plus de mille ans après la chute de Troie, les Romains étaient devenus les maîtres d’un empire, et leurs poètes chantaient les aventures et les victoires de leurs glorieux ancêtres fondateurs de leur capitale.

Virgile, né en – 70 près de Mantoue, entamait la rédaction de l’Enéide en -29 pour raconter la chute de Troie, la fuite d’Enée et de ses compagnons, suivie de leur odyssée jusqu’à leur installation dans le Latium où leurs descendants fonderont Rome.

C'est ainsi qu'après avoir figuré dans l’épopée nationale grecque (l’Illiade d’Homère), l’histoire de Laocoon se trouvera également dans l’Enéide de Virgile qui raconte l’épopée nationale romaine depuis la chute de Troie (1200 avant J.-C) jusqu’à la bataille d’Actium gagnée en -31 par le futur empereur Auguste, qui régnera à partir de l’an 27 avant. J-C. Jusqu’à l'an 14 après J-C.

Le Groupe du Laocoon et ses fils au Musée Pio Clementino du Vatican à Rome
Laocoon et ses fils
Le meilleur ami d’Auguste s’appelait Mécène, le célèbre protecteur des arts et des lettres dont le palais était devenu un des hauts lieux de la civilisation romaine, si bien que son nom est passé dans la postérité pour désigner les généreux amateurs d’art.

À la mort de Mécène en 8 avant J-C., l’empereur héritait de sa bibliothèque ainsi que de son magnifique palais entouré de jardins de style hellénistique avec des terrasses offrant divers points de vue sur la ville de Rome.

Tibère, futur successeur d’Auguste, avait demandé à des sculpteurs grecs, dont l’activité s’étend environ de l’an 40 à l’an 10 avant J-C., de réaliser une statue de Laocoon à partir d’un original grec en bronze attribué à l’école de Pergame.

Le Groupe du Laocoon et ses fils au Musée Pio Clementino du Vatican à Rome
Laocoon et ses fils
Pline l’ancien, qui vécut de l’an 23 à 79 après J-C, pouvait donc citer leur nom et admirer leur statue dans l’ancien palais de Mécène qui était devenu une propriété impériale.

Original ou copie, Sangallo et Michel-Ange avaient jugé cette sculpture de Laocoon et ses enfants comme étant un modèle exceptionnel de l’époque hellénistique.

Ils avaient été envoyés sur les lieux de sa découverte par le pape Jules II qui réussit à l’acquérir en mars 1506 en passant un contrat avec Felice de Freddi, le propriétaire du terrain.

La sculpture fut aussitôt conduite au Vatican en grande cérémonie et au son des cloches, pour être installée dans la Cour des statues du Palais du Belvédère.

Laocoon, une révélation pour Michel-Ange

Le Groupe du Laocoon et ses fils au Musée Pio Clementino du Vatican à Rome
Laocoon et ses fils
En pleine Renaissance, période de retour aux valeurs humanistes de l’antiquité grecque et romaine, la découverte de ce Laocoon était une sorte d’apparition qui révolutionnerait la vision artistique de l’époque.

Il s’agissait d’une magnifique sculpture de style hellénistique qui se distinguait nettement de la sérénité de la statuaire grecque de style classique.

Michel Ange découvrait une œuvre grecque dramatique exprimant une souffrance qui la rapprochait des œuvres chrétiennes, mais c’était avant tout une souffrance héroïque, jusque dans l’agonie.

« L’art hellénistique propose à l’art chrétien son héroïsation de la douleur.

Comment ne pas comprendre alors que si ce marbre fascine Rome, c’est que chacun y applaudit l’exaltation du nu délivré de l’état de créature jusque dans l’agonie : un nu souverain comme celui d’Aphrodite. »
André Malraux – L’Irréel.

Cette nudité souveraine, sublimée par Michel-Ange, ornera le plafond de la chapelle Sixtine en 1512.

Le Groupe du Laocoon et ses fils au Musée Pio Clementino du Vatican à Rome
Laocoon et ses fils
Le Groupe du Laocoon et ses fils au Musée Pio Clementino du Vatican à Rome
Laocoon et ses fils
Le Groupe du Laocoon et ses fils au Musée Pio Clementino du Vatican à Rome
Laocoon et ses fils
Le Groupe du Laocoon et ses fils au Musée Pio Clementino du Vatican à Rome
Laocoon et ses fils
Le Groupe du Laocoon et ses fils au Musée Pio Clementino du Vatican à Rome
Laocoon et ses fils
Le Groupe du Laocoon et ses fils au Musée Pio Clementino du Vatican à Rome
Laocoon et ses fils


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