Le Café Florian à Venise

Le Café Florian à Venise
Le Café Florian à Venise : Un salon
Le Café Florian fut fondé en 1720 par Floriano Francesconi.

A l'origine le nom du Café Florian était “A La Venise Triomphante” (Venezia Trionfante) mais tout le monde l'appela assez rapidement du nom de son propriétaire : Le Florian.

Le Café Florian n'était en effet pas uniquement, comme l'avait souhaité son propriétaire et fondateur, un café, mais surtout un lieu de vie et de rencontre.

« Dans son temps, Florian était traité en camarade par les plus grands seigneurs vénitiens.

Lorsqu'il tomba malade, on l'alla voir comme on eût fait pour un intime ou un haut personnage.

Canova, qui n'oublia jamais quels services il en avait reçus aux débuts de sa carrière, l'entoura des soins les plus attentifs et les plus délicats.

Le pauvre homme, au déclin de la vie, souffrait horriblement de la goutte.

Il fallait faire faire un appareil qui lui permît de marcher et des chaussures qui ne blessassent point ses pieds malades.

Ce fut le grand artiste qui voulut sculpter lui-même le modèle, sur lequel appareil et chaussures furent plus tard fabriqués.

La jambe de Florian après celle de Thésée! C'est le bon coeur complétant le génie ! »

Henry Harvard - Amsterdam et Venise 1876

Après le décès de Floriano Francesconi, le Café Florian est repris par son neveu, Valentino qui lui donne une orientation plus dans le sens de l'époque… à savoir libertine et on le fréquente aussi pour y fixer des rendez-vous galants.

Une soirée au Café Florian

Le Café Florian à Venise Un salon
Le Café Florian à Venise : Un salon
Hippolyte Taine dans son livre A Venise, nous décrit une soirée au Café Florian en avril 1864 :

« Les guirlandes de lumières commencent à s'allumer sous les arcades des Procuraties.

On s'assoit au café Florian, dans de petits cabinets lambrissés de glaces et de liantes figures allégoriques les yeux mi-clos, on suit intérieurement les images de la journée qui s'arrangent et se transforment comme un rêve.

On laisse fondre dans sa bouche des sorbets parfumés, puis on les réchauffe d'un café exquis, tel qu'on n'en trouve point ailleurs en Europe ; on fume du tabac d'Orient, et on voit arriver des bouquetières en robes de soie, gracieuses, parées, qui posent sans rien dire sur la table des narcisses ou des violettes.

Cependant la place s'est remplie de monde ; une foule noire bourdonne et remue dans l'ombre rayée de lumières ; des musiciens ambulants chantent ou font un concert de violons et de harpes.

On se lève, et derrière la place peuplée d'ombres mouvantes, au bout d'une double frange de boutiques éclairées et joyeuses, on aperçoit Saint-Marc, son étrange végétation orientale, ses bulbes, ses épines, sa filigrane de statues, les creux noircissants de ses porches, sous le tremblotement de deux ou trois lampes perdues. »

Hippolyte Taine

Une Journée au Café Florian

Paul de Musset, le frère d'Alfred, complète le tableau en décrivant les variations d'atmosphère au long de la journée dans les cafés de la Place Saint-Marc :

« Pendant l'été, les dames viennent s'asseoir sur des chaises devant les deux établissements de Florian et de Suttile, pour écouter la musique de la garnison, qui donne concert de huit à dix heures du soir.

On trouve là toute la société réunie par groupes.

On va de l'un à l'autre ; on s'assied près de qui l'on veut, aussi longtemps qu'on le désire, et l'on cause en prenant des glaces.

[…] A dix heures, l'aspect du salon se modifie : l'orchestre enlève ses pupitres et rentre à la caserne ; les dames se retirent peu à peu, la foule s'écoule lentement.

[…] On reconnaît alors ces amateurs de la vie nocturne qui semblent détester le lit ; pour eux les cafés restent si bien ouverts qu'on eu supprime les portes depuis. La Fête-Dieu jusqu'à la Toussaint ; pour eux les garçons veillent à tour de rôle.

A minuit on mange et on cause; à trois heures du matin on bavarde encore; enfin, à quelque heure de la nuit que, vous descendiez à Saint-Marc, vous y trouvez des gens attablés, des promeneurs, des mangeurs de glace, des joueurs d'échecs, et surtout des flâneurs oisifs, qui ne font rien, ne s'ennuient jamais, et restent là, parce qu'ils s'y trouvent bien. »

Paul de Musset - Voyage Pittoresque en Italie 1855

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