Paolo Sarpi : 6 Mai 1606, Venise publie Le “Protesto”

Le Protesto montre que l'ultimatum papal est contraire aux Ecritures, aux Pères de l'Église et aux Canons Sacrés, et le déclare “nul et sans valeur”.

Venise prie le Pape d'en reconnaître l'inutilité et le mal exercé sur elle.

Le Protesto ayant démontré l'erreur du Pape, sa décision n'a plus d'importance et les prêtres doivent donc assurer normalement leur fonction.

On n'hésite pas à faire intervenir la police et à menacer de mort pour les convaincre, les prêtres qui refuseraient de dire la messe.

Il n'y aura aucune exécution capitale, mais des emprisonnements, et l'expulsion des Jésuites.

Au point de vue canonique, toutes ces mesures excusent les prêtres qui obéissent à la République.

Intervention Française

Les pressions et les menaces pontificales étant sans effet, reste le conflit armé pour mettre fin à cette humiliation.

Et Venise doit assurer des frais considérables pour maintenir une flotte prête à affronter une éventuelle attaque espagnole et romaine.

Mais les risques de déstabilisation font reculer l'Espagne.

Le Roi de France intervient en proposant d'envoyer le Cardinal De Joyeuse pour servir de médiateur entre Venise et le Vatican.

Le 21 avril 1607, Venise livre les deux Ecclésiastiques à l'Ambassadeur de France

Venise précise bien qu'elle fait cela en considération du Roi Henri IV qui respecte le droit vénitien de juger les ecclésiastiques.

L'Ambassadeur les remet au Cardinal De Joyeuse, qui les remet au Nonce du Pape.

Du coup le Pape lève l'Interdit et le Doge révoque le Protesto, mais pas les lois concernant les biens ecclésiastiques qu'il se contente de suspendre temporairement.

Cette issue diplomatique ne satisfait pas Paul V qui estime que pour une véritable rémission de ses péchés, Venise doit recevoir l'absolution solennelle.

Refus de Venise qui voit là une reconnaissance implicite de sa part des censures qu'elle avait repoussées sans concession, certaine d'avoir raison…

Il paraît que le Cardinal De Joyeuse obéira au Pape en marmonnant la formule d'absolution et en bénissant “en douce” le Sénat au cours de sa réception.

Victoire de l'Etat Souverain

Pour Rome, le Doge Leonardo Donà et le Frère Paulo Sarpi avaient entraîné Venise dans l'hérésie et toute cette polémique avait émoussé l'arme de l'interdiction de dire la messe et de donner les sacrements à ceux qui ne se soumettent pas à son autorité de droit divin.

À Cause de Sarpi !

Les problèmes posés par Sarpi et par les Théologiens qui l'avaient aidé devaient être réglés à Rome, où ils étaient convoqués sous la menace d'être excommuniés.

Craignant la vengeance de Paul V, Venise garde Sarpi sous sa protection.

Un Frère qui s'est rendu à la convocation pour s'expliquer finira sur le bûcher.

Un ou deux autres jugent bon de se rétracter, mais pas Fra Paulo Sarpi qui persiste et signe.

Venise, Nouvelle Genève et Centre de la Subversion

Contrairement à ce que pensaient certains Prélats, Venise était loin d'être un “nid d'hérétiques” susceptibles de donner le mauvais exemple qu'il faut arraisonner au plus vite.

Même si Sarpi avait entretenu des relations avec des Protestants connus, et même si les Ambassadeurs des Pays Protestants en avaient profité pour faire un peu de prosélytisme, ni lui ni les Vénitiens n'avaient eu l'intention de se convertir.

Le gouvernement vénitien tenait seulement à rester maître chez lui : « Les vénitiens n'ont pas leur Pape à Rome, mais à Saint-Marc : il Papa Marco. »

Vengeance peu charitable

Statue de Pierre Paolo Sarpi sur le Campo de Santa Fosca, dans le sestier du Cannaregio à Venise
Pierre Paolo Sarpi
Le soir du 5 Octobre 1607 Paolo Sarpi est agressé sur le Pont de Santa Fosca par une bande d'assassins payés par Rome et menée par un commerçant vénitien du nom de Ridolfo Poma.

Paolo Sarpi est blessé de plusieurs coups de couteau, plus précisément, à coups de “stylet” et laissé pour mort.

Avec son ironie habituelle, il dira à ceux qui l'ont secouru : « Je reconnais là le “style” de la Curie Romaine ! ».

Le Cardinal Bellarmin l'ayant mis en garde, il paraît que Fra Paolo avait pris ses précautions en portant une cotte de maille sous son habit…

Sarpi sera de nouveau menacé le 20 février 1609.

Plus grave, cet attentat devait être mis en œuvre par deux frères appartenant à son ordre.

Heureusement pour lui, la police du Conseil des Dix découvrit ce nouveau complot avant qu'il ne puisse être exécuté.

Sa vie étant de plus en plus menacée, Paolo Sarpi passa le reste de sa vie dans un couvent, à l'abri des assassins.

Il a écrit l'Histoire du Concile de Trente en 1619, non sans esprit critique.

Fra Paolo Honoré comme un Doge

Paolo Sarpi meurt le 15 Janvier 1623. Le Sénat demande aux Ambassadeurs en poste à Venise d'annoncer sa mort à tous les Souverains d'Europe, honneur qui n'était accordé qu'au Doge.

Il fut enterré à l'église de Santa Maria dei Servi, derrière l'autel de la Madonna des 7 douleurs, dans une chapelle absidiale de l'église.

Malheureusement pour lui, au XIXe siècle, l'église fut vendue et entièrement démontée, pierre par pierre. On retrouva les restes de Sarpi dans un cercueil sur la lame de plomb duquel son nom était gravé.

Il fut ré-enseveli sur l'île cimetière de San Michele le 13 novembre 1828, en présence du Podestat et Comte Domenico Morosini et de nombreuses personnalités vénitiennes.

La statue de Fra Paolo Sarpi se trouve sur le Campo de Santa Fosca dans le Cannaregio.

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