Conflit Déclaré entre Venise et Le Pape

Pietro Sarpi dit Frère Paolo
Pietro Sarpi dit Frère Paolo
En août et en octobre 1605, deux ecclésiastiques sont arrêtés et emprisonnés sur ordre du Conseil des Dix à Venise.

Ces deux hommes ne sont pas prêtres, ils sont seulement détenteurs de bénéfices ecclésiastiques et sont coupables de délits de droit commun : outrages et violences pour l'un, mœurs scandaleuses et tentative d'assassinat pour l'autre.

Cette arrestation est considérée comme illégale par le Pape.

Paul V exige qu'ils soient libérés pour être déférés devant un tribunal ecclésiastique.

Aucun magistrat d'Etat n'a le droit de les juger ! Il exige également l'abrogation des lois concernant les biens ecclésiastiques.

La réponse de Venise est sans ambiguïté :

« Les vénitiens sont nés libres et ne sont tenus de rendre des comptes à personne sinon à Dieu, seul supérieur au Doge en ce qui concerne les affaires ! »

Réponse parfaitement conforme à la traditionnelle politique de séparation des pouvoirs.

à Venise, les religieux n'ont aucun pouvoir politique et peuvent être jugés par un tribunal civil s'ils enfreignent les lois de la République.

Ils ne sont jugés par un tribunal ecclésiastique que pour des affaires religieuses.

Venise ne respecte pas le Droit Canon Selon Paul V

En décembre 1605, Paul V fait savoir aux vénitiens que ces lois sont nulles car non conformes au droit canon et qu'il exige leur abrogation immédiate.

Les vénitiens, très préoccupés par l'agonie du Doge Grimani et par l'élection de son successeur, ne sont pas pressés de discuter de ces questions avec le Nonce envoyé par le Pape.

10 janvier 1606 Election de Leonardo Donà

Le nouveau Doge est un “Jeune” parmi les plus intransigeants, qui avait déjà affronté le Cardinal Borghese au temps où il était ambassadeur de Venise à Rome.

Paolo Sarpi, spécialiste de Droit Canon est aussitôt nommé consultant “in Jure” pour la défense de Venise, avec un salaire annuel de 280 Ducats.

L'élection du Doge Leonardo Donà et la nomination de Fra Paolo constitueront une réponse ferme et provocante aux yeux de Paul V.

Histoire du Concile de Trente Par Sarpi
Histoire du Concile de Trente Par Sarpi

Ultimatum de Paul V

Les Dirigeants vénitiens seront excommuniés et on ne pourra plus dire la messe ni donner les Sacrements sur tout le territoire, si les deux Ecclésiastiques ne lui sont pas remis et si les lois précitées ne sont pas abrogées dans les 24 jours !

Contrairement à ses attentes, Venise ne cèdera pas à des menaces qui avaient provoqué la soumission de Gênes, de Ferrare et de Lucques.

Profondément religieux, mais connaissant son devoir, Leonardo Donà et le Sénat interdisent purement et simplement la publication de l'Interdit Papal.

Ainsi, la vie religieuse peut continuer pendant la contestation officielle de la condamnation par une argumentation juridique très serrée menée par le Frère Sarpi.

La “guerre des écrits” qui défie l'autorité papale sur le terrain intellectuel et religieux intéressera toute l'Europe et sera rendue publique par la presse.

Fra Paolo Sarpi, Défenseur De Venise Contre Le Vatican

La “guerre des écrits” conduit à la publication de part et d'autre d'arguments auxquels participent des théologiens des Universités de Padoue côté vénitien, et de Bologne côté romain.

Rome se réfère à la suprématie du pouvoir spirituel d'origine divine sur le temporel, donnant le pouvoir absolu au Pape de révoquer un Prince et d'exiger l'obéissance de tous, ce qui rend illicite cette discussion !

Venise argumente pour la séparation des pouvoirs, chacun étant considéré comme souverain uniquement dans le domaine qui le concerne.

Le pouvoir spirituel ayant été confié aux Apôtres et à leurs successeurs, tandis que le pouvoir temporel appartient aux Princes, auxquels même les Ecclésiastiques doivent l'obéissance en tant que sujets.

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