Lorenzo da Ponte à New York

Portrait de Lorenzo Da Ponte par Michel Pekenino
Lorenzo Da Ponte

Perte des Honneurs, Rencontre avec l'Amour

Da Ponte, en 1791 se retrouve sans protecteur.

Il faut dire que l'Europe est particulièrement bouleversée à cette époque.

Il part à Trieste en espérant trouver grâce auprès de Léopold II mais échoue.

Mais c'est là qu'il tombe amoureux de la belle Nancy Grahl, fille d'un commerçant juif anglais et qu'il l'épouse.

Ils partent ensemble à Londres où Da Ponte, de 1793 à 1805 devient librettiste appointé au King's Theatre où il remaniera une vingtaine de livrets notamment pour Martin y Soler.

1798 : Retour dans une Venise en Triste Etat

Da Ponte retourne en Italie pour recruter des chanteurs et se rend bien évidemment à Venise dès qu'il en a l'occasion.

Mais ce qu'il voit alors de Venise, une Venise que Napoléon avait mise à bas, se vantant qu'il serait son Attila.

Voici, sous la plume de Da Ponte, ce qu'est devenue la pauvre Venise dans ces années noires :

« J'avais entendu dire beaucoup de choses sur le triste état dans lequel se trouvait cette cité ; mais tout ce que j'entendis était une plaisanterie à côté de ce que je vis en une nuit et en un jour.

Le livret de Cosi Fan Tutte de Wolfgang Amadeus Mozart et Lorenzo Da Ponte
Cosi Fan Tutte
Je voulus voir la place Saint-Marc, que je n'avais pas vue depuis plus de vingt ans...

Que le lecteur juge de ma surprise et de mon affliction quand dans cette vaste enceinte où l'on avait coutume de ne voir aux temps heureux que le contentement et la joie de l'immense affluence du vaste peuple, je ne vis... que tristesse, silence, solitude et désolation.

Il n'y avait là que sept personnes, quand j'entrai sur la place...

Je me promenai sous les fameuses Procuraties de Saint-Marc et ma surprise s'accrut encore davantage en voyant que même les boutiques de café étaient vides.

Dans onze d'entre elles je comptai à peine vingt-deux personnes... »
Lorenzo da Ponte

Sa Rencontre avec le Vieux Tiepolo

L'histoire est relatée par Alvise Zorzi dans son livre La République Du lion - 1. L. Da Ponte, Memorie, Bari, 1918, vol. 1, p. 216 ss.
« L'aventurier raconte ensuite qu'il s'est rendu à la Pescheria, le marché aux poissons (alors dans la Terranova, où se trouvent aujourd'hui les giardinetti Reali).

S'approchant d'un banc, il vit un petit vieux tout pâle, décharné, crasseux, qui s'offrit à porter le poisson chez lui contre un peu d'argent.

Cette tête n'est pas nouvelle, il a comme l'impression...

Mais c'est sûr! C'est un patricien, Tiepolo, neveu d'un inquisiteur d'État, arrière-neveu d'un ambassadeur, le frère d'une femme que lui, Da Ponte, avait aimée passionnément vingt ans plus tôt.

Portrait de Lorenzo Da Ponte
Portrait de Lorenzo Da Ponte
Dans quel état se trouve-t'il !

Tiepolo le reconnaît lui aussi, et lui donne une version un peu fantaisiste de sa ruine, qu'il attribue au jeu plutôt qu'aux vicissitudes politiques.

Même si l'histoire est romancée, la rencontre est plausible.

La décadence d'une Venise réduite à l'ombre de ce qu'elle était est due à la situation économique catastrophique mais aussi à l'exode d'une partie importante du patriciat sur la terre ferme, près de ses propriétés et dans une ambiance moins archaïque et moins liée aux exigences imposées par la structure particulière de la cité lagunaire. »
Lorenzo da Ponte

Voyage Peu Glorieux vers l'Amérique

En 1805 : Da Ponte part à New York pour... échapper à ses créanciers londoniens.

C'est aussi aux États-Unis que Da Ponte écrit ses Mémoires, qui seront publiées en quatre volumes.

Don Juan à New York

Portrait de Lorenzo Da Ponte
Lorenzo Da Ponte
À New York, le 23 mai 1826, Da Ponte fait jouer Don Giovanni.

Il nous relate le triomphe du Don Juan lors de la premère :

L'opéra plut d'un bout à l'autre : paroles, musique, exécution, acteurs, tout fut admirable et surtout la Malibran dans le rôle de Zerlina.

C'est ainsi que dès 1826, et grâce à Da Ponte, Mozart est entré sur les scènes américaines.

Da Ponte meurt à New York en 1838.

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