Les Casins ou Casini, Petites Maisons des Plaisirs


Leda et le Cygne - Procuraties Nuove
Leda et le Cygne - Procuraties Nuove
Casin signifie "petite maison" et Venise en connut jusqu'à 200, rien que dans la paroisse de San Marco.

Ce sont aussi les Casini qui ont donné leur nom aux Casinos d'aujourd'hui.

En effet, ces "petites maisons" galantes, utilisées au début surtout pour les plaisirs de la chair se transformèrent ensuite en maisons galantes où l'on jouait également, jusqu'à ce que certains casini deviennent exclusivement consacrés aux jeux de hasard dont le fameux Pharaon auquel se ruinèrent bien des nobles Vénitiens.

De casini privés on est donc passé aux casini publics dont le plus célèbre était le fameux Ridotto, ouvert pendant toute la durée du carnaval où les nobles tenaient la banque pendant que toute une génération s'y ruinait dont Antonio Da Ponte ou encore Casanova.

Mais ce qui nous intéresse ici ce sont les casini amoureux…


L'invention du casin venait des nobles, les plus fortunés et qui avaient donc les moyens d'avoir plusieurs logements.

Le casin comportait quelques pièces, souvent très richement et surtout très confortablement meublées, pour accueillir les jolies dames. On y mangeait, on y riait, on y jouait, on s'y plaisait…

L'un des casini devenu particulièrement célèbre est celui où Casanova retrouve la none M. M. Ce casin, situé à Murano, appartenait à Monsieur de Bernis, alors ambassadeur de France à Venise et qui allait devenir … le Cardinal de Bernis.

Casanova a tellement bien décrit le fameux casin dans ses mémoires que l'on a pu le retrouver et même reconstituer le chemin qu'avait pris la religieuse amoureuse pour le rejoindre en barque depuis son couvent.

Leda et le Cygne - Procuraties Nuove Venise
Leda et le Cygne - Procuraties Nuove Venise
Un autre casin célèbre est celui de la Procuratesse Venier, femme du procurateur du même nom.

En effet, si au début les casini étaient l'apanage des hommes pour y recevoir leurs maîtresses, les femmes nobles eurent également bientôt les leurs et y reçurent à leur tour leurs amants.

Madame pouvait donc y recevoir tranquillement son sigisbée et certaines s'y faisaient même accompagner par leur coiffeur, qui servait alternativement de rabatteur ou parfois d'accoucheur !

Le casin ou plutôt la garçonnière de la Procuratesse Venier existe toujours, il est situé au-dessus du sottoportego delle Acque, on peut le voir en passant sur le Ponte dei Bareteri, c'est la maison qui fait l'angle du rio et de la Merceria.

Le casin de la Procuratesse Venier se composait de trois pièces et d'une cuisine et l'une de ses particularités, propre aux casini, était de posséder une trappe, cachée dans le sol carrelé, qui permettait d'avoir une vue directe sur le vestibule du rez-de-chaussée.

On pouvait ainsi éviter les mauvaises surprises…

Voici ce que disait des casini, en 1765, Jérôme de La Lande dans son ouvrage "Voyage en Italie" :

« Les casins sont de petits appartements autour de la Place Saint-Marc, dans le dessus des cafés, et dans les procuraties, composés de deux ou trois pièces.

Le maître du casin y va souper tous les soirs avec la Dame qu'il sert ; il y reçoit les complaisants ou amis particuliers, et l'on y passe souvent une grande partie de la nuit. On y joue et l'on y rit beaucoup.

Les étrangers n'y sont guère introduits, ils troubleraient la gaieté et la liberté de ces petits rendez-vous. »
Jérôme de La Lande - Voyage en Italie

On peut imaginer que ces casini n'étaient pas du goût des autorités qui ne pouvaient que très difficilement vérifier ce qui s'y faisait et surtout ce qui s'y disait. La peur permanente du complot amena la Sérénissime à demander à partir de 1704 aux inquisiteurs de surveiller les casini.

On a pu ainsi avoir un procès-verbal de fermeture de l'un de ces casins en 1720 : « Une vingtaine de patriciens se réunissaient avec leurs femmes et vingt autres personnes. »

La pratique échangiste était devenue, chez les nobles, une véritable mode à Venise et ils invitaient donc leurs épouses à partager leurs plaisirs dans les casini…

On imagine combien ces casini devaient ravir le libertin Baffo qui en décrivait avec délectation leurs parfums…

« Étant allé à mon casino avec une femme, je m'y suis amusé tant que j'ai pu, et tout d'abord j'ai fait mon affaire […] Ensuite je me suis un peu reposé, et, après avoir vidé plus d'un verre, j'ai repris mes ébats avec elle. »
Giorgio Baffo

Casin pour l'amour, casin pour le jeu, ces goûts pour la luxure, le jeu et l'oisiveté généralisés au sein de la noblesse vénitienne du XVIIIe siècle étaient déjà autant de signes annonciateurs de la décadence de la République de Venise qui allait disparaître à la fin du même siècle après près de mille ans de grandeur.


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