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Acqua Alta à Venise - Le Projet de Digues MO.S.E. (Mose) pour les Marées Hautes


L'acqua alta record du 1er décembre 2008 au pont du Rialto à Venise.
Acqua alta au pont du Rialto
Le MO.S.E. (Mose) est constitué de digues flottantes et articulées aux trois bouches de communications de la lagune avec l'Adriatique (Lido, Malamocco et Chiogga) afin de limiter les phénomènes d'Acqua Alta, de marées hautes.

Dès que le niveau d'alerte sera supérieur à 1m10, les digues sont relevées pour protéger Venise et sa lagune des marées exceptionnelles.

Plus précisément, le projet MO.S.E (Modulo Sperimentale Elettromeccanico) comprend 78 digues flottantes sur une longueur de 1600 mètres.

Elles sont réparties en quatre tronçons avec d'énormes trappes pouvant se fermer ou s'ouvrir selon les mouvements de la marée.

Test Réel à Venise, le 3 octobre 2020
Les travaux sont terminés, on en est aux derniers essais avec déjà plusieurs tests effectués, mais dans des conditions météorologiques normales.

Un test réussi dans des conditions réelles de mauvais temps a été effectué le 3 octobre 2020 avec une Acqua Alta prévue à 1m35 au-dessus du niveau 0 de la mer. Les rues de Venise sont restées au sec pour le grand plaisir des Vénitiens.

Un test uniquement puisque les travaux du MOSE ne seront terminés véritablement qu'en fin décembre 2021.

En attendant, il a été décidé une procédure d'urgence pour protéger Venise selon laquelle dès que le niveau d'Acqua Alta prévu sera supérieur à 1m30, on mettra en service les digues, même si le système n'est pas encore totalement finalisé.

Un projet de plusieurs milliards d'euros

Le coût final du projet est évalué 5,5 milliards d'euros. On estime que le coût d'entretien annuel s'établira à 45 millions d'euros.

L'acqua alta record du 1er décembre 2008 à San Polo à Venise.
Acqua alta record à San Polo

Le Projet de Digues Mose sera-t-il efficace ?

Le Projet de Digues Mose contre l'Acqua Alta sera-t'il efficace ?

Les militants des partis de gauche disent que cela ne marchera pas et ceux de droite qu'il n'y aucune crainte à avoir !

Des interrogations demeurent toutefois en cas de mer très agitée par exemple, les digues résisteront-elles ?

Sur les risques de corrosion saline aussi, même si les entreprises en charge du projet ont promis que chaque caisson avait été étudié pour résister à la corrosion pour une centaine d'années.

Nous en saurons plus dans quelques mois, entre octobre 2020 et fin mars 2021. À condition bien sûr qu'il y ait des marées exceptionnelles pendant cette période.

L'acqua alta record du 1er décembre 2008 sur les Zattere à Venise.
Acqua alta record sur les Zattere

4 Novembre 1966 - La Fin de Venise - L'Exode des Vénitiens

Il faut en effet savoir que, lors de la dernière très grande Acqua Alta du 4 Novembre 1966, tout le monde a vraiment cru que c'était la fin de Venise.

Lorsque les digues qui protégeaient la lagune ont lâché, c'est un mètre d'eau qui est arrivé dans Venise en moins de cinq minutes... plus d'électricité et de chauffage pendant trois jours, des familles entièrement ruinées, peu d'entre elles étaient assurées et de plus, les dégâts pour catastrophes naturelles n'étaient que rarement indemnisés à cette époque.

C'est ainsi que plusieurs dizaines de milliers de Vénitiens ont alors fui Venise, définitivement, préférant s'installer et travailler en terre ferme plutôt que de vivre et faire de nouveau vivre à leurs familles un tel risque.

L'acqua alta record du 1er décembre 2008 à l'Erbaria à Venise.
Acqua alta record à l'Erbaria
C'est depuis cette époque que Venise s'est vraiment “vidée” de ses habitants pour ne plus compter aujourd'hui que 58000 résidents dans le centre historique de la Ville, contre plus de 100 000 auparavant.

L'impact des Acqua Alte, dont celle de 1966, a donc été dramatique pour Venise et l'on comprend qu'il faille absolument faire quelque chose, quel que puisse en être le prix, pour sauver Venise et ce qui lui reste d'habitants.

Un problème de fond bien complexe, mais aussi économique et politique

Tout le monde s'accorde à dire que la construction des môles pour accueillir les grands navires, non seulement à Marghera mais également à Venise même, a petit à petit privé la lagune des apports de sables que la mer amenait régulièrement et qui constituaient des barrières “naturelles”.

De plus, le creusement du “canal du pétrole” pour permettre le passage des pétroliers à fort tonnage jusqu'au port de Marghera, en passant par Venise, permet aujourd'hui des entrées d'eau plus massives et plus rapides de la mer Adriatique dans la lagune, ce qui fait que Venise peut être submergée plus rapidement.

La Lagune perd un million de mètres cubes de sédiments par an

L'acqua alta record du 1er décembre 2008 à San Polo à Venise.
Acqua alta record à San Polo
D'après les spécialistes, la lagune, par ces effets conjugués, perdrait un million de mètres cubes de sédiments par an, ce qui se serait traduit par un approfondissement des eaux de la lagune de près de 15 centimètres en cinquante ans.

Ajoutez à cela le trafic des bateaux de fort tonnage dans la lagune, qui soulèvent les sédiments par leurs mouvements.

6000 puits creusés sous la lagune de Venise

Un autre problème concerne le creusement des quelque 6000 puits artésiens qui ont été creusés sous la lagune et alentour à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, avec pour conséquence un enfoncement de la ville de Venise et du sol de la lagune.

On estime ainsi que la lagune, dans son ensemble, s'est enfoncée de 23 centimètres entre 1900 et 1970.

Compression naturelle des sols

Certes les puits ne sont pas seuls en cause, la compression naturelle des sols de toute la région du Pô pourrait également avoir aidé à cet affaissement.

Un “replâtrage” qui ne s'attaquerait pas assez aux causes

C'est comme si, pour lutter contre la pollution, on vous disait de porter en permanence un masque de protection filtrant, mais qu'on ne faisait rien pour réduire cette pollution.

Avec le temps vous devriez porter des masques de protection de plus en plus filtrants au fur et à mesure que la pollution s'aggraverait.

Le projet Mosé, sans lutter en même temps contre les causes profondes de l'Acqua Alta, c'est un peu la même chose, c'est un “masque” certes utile, mais temporaire et qui n'empêchera pas la dégradation continue de la lagune de Venise et de son fragile écosystème si l'on ne s'attaque pas au fond du problème.

Il faut aussi penser la lagune de Venise en termes “naturels” et non figée. C'est une lagune vivante et mouvante avec le temps. Corriger le problème de l'Acqua Alta avec un système fixe et figé risque, selon certains, de ne plus être adapté au bout de quelques décennies, si la lagune se modifiait, comme elle l'a toujours fait.

L'acqua alta record du 1er décembre 2008 dans la bonne humeur à Venise.
Acqua alta dans la bonne humeur

Rendons hommage à l'ancienne République de Venise

La République de Venise, la Sérénissime, a réussi pendant des siècles à préserver la lagune et la ville, et ce avec des moyens matériels bien inférieurs en puissance à ce que le monde moderne nous apporte en matière de techniques et d'outillage.

Certes, les actions de la Sérénissime ont aussi été ponctuées d'échecs, certaines mesures de protection ayant eu des impacts plus négatifs que positifs, mais, au total, Venise et sa lagune ont tout de même été préservées pendant des siècles.

On ose espérer que plusieurs siècles plus tard, dans notre monde dit “moderne” on saura faire aussi bien que ces sages du temps passé !



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