La Casa dei Bombardieri - Art et Histoire
L'histoire de la Casa dei Bombardieri est intimement liée à l'un des corps les plus célèbres et aussi des plus privilégiés de la République de Venise, celui des Bombardieri : les artificiers.
Si l'utilisation de la poudre était connue depuis l'antiquité pour des jeux pyrotechniques, elle ne fut utilisée à des fins offensives qu'à partir de
1300.
à Venise, on commença à produire de la poudre à canon dès la première moitié du
XVIe siècle. Cette fabrication était confiée à un Provéditeur aux artilleries, élu par le
Conseil des X, puis, à la fin du
XVIe siècle, par le Sénat.
Que cette nomination soit le fait des instances les plus hautes de la République montre bien l'importance de la corporation des Bombardieri à Venise.
Une corporatoin importante, mais aussi un métier à hauts risques !
Le risque de se trouver exposé dans toutes les batailles et de manipuler la poudre avec le danger de l'explosion du canon ou de l'arquebuse.
De fait, la République de Venise eut, tout au long de l'histoire du corps de ses artilleurs, de grandes difficultés à les recruter...
Pour ces raisons, les Bombardieri furent honorés et choyés par la République :
- Ils ne payaient pas d'impôts,
- Ils avait le droit d'acheter et vendre des marchandises lors de leurs voyages,
- Lors des fêtes officielles, les Bombardieri étaient le premier corps à défiler juste après les plus hautes instances politiques.
- Les Bombardieri pouvaient devenir membres de toutes les Scuole vénitiennes, avec toutefois la restriction qu'ils ne pouvaient pas y exercer de charge.
Le
31 Octobre 1500 fut fondée la
Scuola dei Bombardieri (la confraternité des artilleurs) dont le siège fut d'abord dans l'église de Sant'Andrea, puis dans celle de San Marcuola, avant d'être transféré à Santa Maria Formosa en
1505.
La Scuola construisit ensuite son propre local à côté du pont de le Bande,où l'on peut encore voir un bas-relief représentant Sainte Barbe,
Santa Barbara, dans le pilastre d'angle au pied du pont.
Santa Barbara fut choisie par les Bombardieri de Venise comme Sainte patronne à cause de l'histoire de son martyre.
Sainte Barbe nacquit à Nicomédie (aujourd'hui Izmit ou Kocaeli en Turquie) en l'an
273.
Son père,
Dioscoro, païen convaincu, était un collaborateur de l'Empereur Romain Marcus Aurelius Valerius Maximianus Herculius (vers 250 - juillet 310), communément appelé
Maximien Hercule.
Dioscoro fit construire une tour, dans laquelle il enfermait sa fille pour protéger sa virginité lorsqu'il devait s'absenter pour ses affaires.
Mais si
Barbara ne perdit pas sa virginité, elle fit bien pire au yeux de son père en se convertissant au Christianisme.
La conversion au Christianisme étant considérée comme un crime, elle fut condamnée à être
torturée puis à être
décapitée par son propre père.
Son
martyre fut atroce, battue, brulée, écorchée, les seins coupés... et l'on dit que pendant ces tortures elle continuait à chanter les louanges du Seigneur.
Après une journée de souffrances, lorsque son père la décapita d'un coup d'épée, le ciel s'obscurcit soudainement, et
Dioscoro mourut
foudroyé par l'éclair.
La
mort soudaine, le feu, la foudre, le péril... furent autant d'éléments déterminants pour que les Bombardieri de Venise choisissent
Santa Barbara comme Sainte Patronne pour
les protéger de ces risques.
Un choix d'autant plus local qu'une partie des restes de
Santa Barbara étaient alors conservés sur l'île toute proche de Torcello depuis le
XIIIe siècle.
De plus, le
31 janvier 1671, le Sénat ordonna que la tête de Santa Barbara, arrivée de Candie (la Canée en Crète), fut remise et conservée au siège de la Scuola.
C'est pourquoi
Sainte Barbe est représentée à Venise, avec un canon à ses pieds, la palme des martyrs dans une main et une tour dans l'autre.
Quatre
bas-reliefs représentant Santa Barbara, datant tous de
1575, entourent encore aujourd'hui la Casa dei Bombardieri
(photos présentées sur cette page, cliquez sur les photos pour les agrandir).
C'est en
1555 et en
1557 que la Scuola dei Bombardieri acquit, dans la paroisse de San Francesco de la Vigna, les terrains sur lesquels elle fit construire les maisons destinées à ses membres, dont l'immeuble où se trouve
la Casa dei Bombardieri.
A la fin de la République de Venise, le corps des Bombardieri comptait 4 à 500 hommes, mais il s'était transformé en un corps militaire urbain, dont les membres avaient pour fonction principale d'être gardes d'honneur, présents à toutes les manifestations, réceptions, mariages importants...
De fait, leur uniforme fut adapté à ses occasions festives : de drap bleu foncé avec une doublure rouge, une jacquette et une culotte en peau de daim, des bas blancs, des chaussures ornées d'une boucle et le tout avec un petit tricorne. Ils étaient toutefois encore armés d'une petite hallebarde.
C'est donc dans un lieu chargé de siècles et d'histoire que vous logerez ici, pensez aux fiers artilleurs de la Sérénissime qui vous y ont précédé !
Retour en Haut de la Page