Camille de Longvilliers Poète à Venise


Ce matin tôt

Ce matin tôt la sirène des pompiers
m’a annoncée,
je préparais il est vrai une grande sortie,
et depuis plusieurs jours ma venue les occupait :
Calfeutrés, rehaussés, déguisés…
Mais je sais par où passer,
par les fentes me glisser, et toujours l’emporter.

L’on me redoute, l’on me repousse,
et pourtant séduisante, je le suis,
Quand je joue à refléter,
les beautés qu’ils ont créées,

Quand j’exhibe ma transparence
sur leurs pavements colorés.

L’on me nomme Aqua Alta, je suis fameuse
autant qu’odieuse,
Et mes sorties le leur rappellent :
S’ils m’ont choisie comme demeure,
A jamais mes caprices subiront.

L’on voudrait me maîtriser, mais
il faudra vous résigner :

Je suis vieille, envahissante
et délurée !


Comme la traversée du traghetto

Comme la traversée du traghetto
A bras d’homme,
Quand l’eau jaillie freine les pas,
Si la marée s’est emportée,
Pour le temps de cheminer, d’improviser d’apprivoiser,
Comme le demi-tour d’un bateau chargé,
La vie jour par jour de sa fenêtre, un sentiment qui adoucit les ans,
Quand les enfants dessinent appliqués sur le pavé,
Quand l’eau a tous les droits
lentement,
l’on va.


Camille de Longvilliers

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