Albrecht Dürer (1471-1528)


Albrecht Dürer autoportrait 1493.Albrecht Dürer autoportrait 1493 - Agrandir

L'Italie est l'Arcadie de la peinture

Fin 1494, Albrecht Dürer pour qui l'Italie était "l'Arcadie de la peinture", arrive à Venise pour s'imprégner sans intermédiaire de l'héritage de l'antiquité et des maîtres italiens ses contemporains comme Giovanni Bellini, Mantegna et Vivarini.

Etant sur la route de l'accès à la méditerranée pour les marchands allemands et flamands, Venise avait des comptoirs à Anvers, à Augsbourg et à Bruges.

Elle était ainsi très ouverte aux mouvements artistiques étrangers, notamment à la peinture flamande et allemande.

Dès le XIIIe siècle, les Vénitiens s'intéressaient à l'art des pays du nord de l'Europe en même temps qu'ils faisaient des affaires avec eux. Les influences artistiques furent réciproques.

Le Fondaco dei Tedeschi, Rialto

Cour intérieure du Fondaco dei Tedeschi à Venise
Cour intérieure du Fondaco dei Tedeschi à Venise
Albrecht Dürer a été reçu dans les ateliers des Vivarini et des Bellini.

Pour lui, Giovanni Bellini était le plus grand peintre.

Il restera à Venise jusqu'au printemps 1495, heureux de s'enrichir de l'esthétique de la renaissance et d'apprécier son style de vie.

Dürer fut alors hébergé au Fondaco dei Tedeschi, qui était à la fois un entrepôt, une administration et une auberge réservée aux marchands et aux ressortissants germaniques, c'est-à-dire aux sujets de l'Empire comprenant les Flandres, la Bohême et l'Autriche.

Albrecht Dürer Nemesis 1501.Nemesis 1501 - Agrandir Le bâtiment appartenait à la Sérénissime et les marchands, le plus souvent originaires d'Augsbourg ou de Nuremberg, étaient enregistrés comme tels et toutes leurs activités devaient se dérouler au sein du Fondaco, qui datait du XIIIe siècle.

Il brûla en 1505 et fut remplacé par un édifice très fonctionnel : un rez-de-chaussée accessible par une porte d'eau, avec une grande cour intérieure cernée par les entrepôts.

Le premier étage réservé aux bureaux, et la partie supérieure qui comptait près de 200 chambres.

Inauguré en 1508, les salles étaient décorées par de grands artistes et les façades étaient couvertes de fresques de Titien et de Giorgione.

Les pensionnaires prenaient leurs repas ensemble et y menaient une vie communautaire bien organisée.

Albrecht Dürer Nurembourgeoise et Vénitienne 1495.Nurembourgeoise et Vénitienne - Agrandir Ils étaient aussi très surveillés, en tant que Protestants suspectés de prosélytisme dans une république catholique.

1505, Dürer retourne à Venise

Quand Albrecht Dürer arrive pour la seconde fois à Venise, c'est en tant qu'artiste peintre du nord confirmé et reconnu dans son art, bien déterminé à y exercer ses talents.

Le Fondaco dei Tedeschi venait de brûler, Dürer fut logé à l'auberge tenue par Peter Pender, un Suisse Allemand, située au Campo San Bartolomeo, aujourd'hui disparue.

En 1506, il peint en quatre mois un retable dont le sujet est La Fête du Rosaire, commandé par des marchands Allemands pour leur chapelle en l'Église San Bartolomeo.

Il en reçut un salaire de cent dix Florins rhénans.

Albrecht Dürer Vue du Val d'Arco 1495.Dürer Vue du Val d'Arco 1495 - Agrandir Ce deuxième séjour changea sa technique pour traiter ses sujets et pour préparer les fonds de ses toiles.

L'influence italienne est perceptible dans ses représentations de la Vierge qui n'est plus « habillée comme une Allemande », mais à la mode et aux couleurs italiennes.

A cette époque, il peignit Le Christ et les Docteurs en cinq jours !

Et réciproquement, Dürer contribua à l'évolution de la peinture vénitienne :

« Les artistes aidés de la nouvelle manière de délayer les couleurs à huile et suivant les leçons et l'exemple des Allemands, surtout d'Albert Dürer, commencèrent à saisir les mille aspects de la vie réelle.

Aussi, voyons nous les brunes et raides madones byzantines sur fond d'or céder la place aux tableaux de sujet sacré, dans lesquels respire une douce sérénité et règne une harmonie pleine de charme.

Albrecht Durer vue de Venise.Albrecht Durer vue de Venise - Agrandir Dans les Vierges, dans les Saints des Bellini, des Basaiti, de Cima de Conegliano, la suavité divine des types, jointe aux progrès de l'exécution et à l'observation attentive de la nature, montre que l'artiste tient les yeux tournés vers le ciel, mais sans perdre de vue la terre. »
Molmenti : Vie privée à Venise, 1882.

Dürer a gravé sur bois une "Vue de Venise à vol d'oiseau" (conservée au musée Correr) qui, tout en nous offrant le spectacle de la Venise du début du XVIe siècle, nous donne une belle idée de ses talents de graveur.

Mais il a également gravé d'autres vues de Venise dont celle ci-dessus.

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