Acqua Alta et Poésie à Venise



Igor Stravinsky à Venise en 1925
Igor Stravinsky à Venise en 1925

Quand l'Acqua Alta fait de la Musique

L'histoire est vraie et est arrivée à Igor Stravinsky.

l'Acqua Alta était alors si haute que le compositeur ne pouvait même plus rentrer dans son hôtel.

Le concierge dudit hôtel, le Bauer, prit alors Igor Stravinsky dans ses bras pour le porter à l'intérieur.

C'est à la suite de cette Acqua Alta qu'Igor Stravinsky écrira “The Flood”, le Déluge !

Vous l'aurez compris, l'Acqua Alta n'en fait qu'à sa tête et s'amuse bien au détriment des vénitiens.

Ce que le poème de Camille de Longvilliers dit si bien :
« Ce matin tôt la sirène des pompiers m’a annoncée,

je préparais il est vrai une grande sortie,
et depuis plusieurs jours ma venue les occupait :
Calfeutrés, rehaussés, déguisés…
Mais je sais par où passer,
par les fentes me glisser, et toujours l’emporter.

L’on me redoute, l’on me repousse,
et pourtant séduisante, je le suis,
Quand je joue à refléter,
les beautés qu’ils ont créées,

Quand j’exhibe ma transparence
sur leurs pavements colorés.

L’on me nomme Aqua Alta, je suis fameuse
autant qu’odieuse,
Et mes sorties le leur rappellent :
S’ils m’ont choisie comme demeure,
A jamais mes caprices subiront.

L’on voudrait me maîtriser, mais
il faudra vous résigner :

Je suis vieille, envahissante et délurée ! »
© Camille de Longvilliers

ou encore :
« Comme la traversée du traghetto
A bras d’homme,
Quand l’eau jaillie freine les pas,
Si la marée s’est emportée,
Pour le temps de cheminer, d’improviser d’apprivoiser,
Comme le demi-tour d’un bateau chargé,
La vie jour par jour de sa fenêtre, un sentiment qui adoucit les ans,
Quand les enfants dessinent appliqués sur le pavé,
Quand l’eau a tous les droits
lentement,
l’on va. »
© Camille de Longvilliers

Henri de Régnier a aussi décrit le phénomène de l'Acqua Alta avec ses jolis mots habituels :
« […] tandis que bourdonnaient au dehors de grands vents qui soulèvent et gonflent les marées d'automne, ces marées qui gorgent d'eau les canaux de Venise, montent les marches des quais, pénètrent sous les portes marines et envahissent les vestibules des palais, alors qu'un souffle de tempête ébranle leurs hautes cheminées et secoue l'armature de bois de leur altana.

Marées si hautes parfois qu'elles recouvrent le Môle et débordent sur la Piazzetta, faisant de la place Saint-Marc un lac aux petites vagues agitées sur lesquelles semble voguer, comme un bucentaure de marbre et d'émaux, le vaisseau byzantin de la basilique martienne; marées salines, souffles du large que le Lion, sur sa colonne de porphyre, aspire de ses narines avides et dont palpitent, dans un vol imaginaire, ses ailes de bronze. »
Henri de Régnier - Récits vénitiens


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